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Du côté de Clio

Barbe Bleue

2 Novembre 2014, 10:44am

Barbe Bleue

Une réécriture du célèbre conte de Charles Perrault

Barbe Bleue, d'Amélie Nothomb (2012)

Cela faisait déjà longtemps que j'avais envie de lire du Amélie Nothomb ; j'avais même eu l'occasion de la rencontrer (enfin, de percevoir le bout de son chapeau) à la Fnac lors de la sortie de ce livre. Je n'en avais jamais eu le temps ; l'occasion s'est présentée.

Je suppose que vous connaissez tous le conte de Perrault : un homme riche, à la Barbe Bleue, veut épouser une femme mais toutes refusent car toutes ses femmes précédentes se sont volatilisées, de manière plutôt étrange. Et Amélie Nothomb a revisité ce conte, en lui donnant plusieurs touches bien particulières. Barbe Bleue est un "grand" d'Espagne, fasciné par l'Inquisition, la Bible, Dieu et l'or (et le champagne !). Et surtout, qui n'a pas mis un pied dehors depuis 20 ans, et qui vit dans son petit monde assez abject. La petite voisine devient une candidate à la colocation (oui oui) avec lui ; elle s'appelle Saturnine (sachant que les colocatrices précédentes s'appelaient Emeline, Proserpine, Séverine, Incarnadine, Térébenthine, Mélusine, Albumine, Digitaline, et donc Saturnine, d'où la blague de cette dernière :"La pronostic est imparable : après moi, votre colocataire s'appellera Margarine [...]" (p.63).) Le côté conte revisité version moderne m'a particulièrement plu.

J'avoue avoir lu ce livre très très (trop) rapidement ; les dialogues sont présents dans 80% du livre, ce qui aide à avancer (et qui donne un caractère presque théâtral à ce quasi huit clos). L'ambiance mystérieuse de l'appartement est vite implantée, et j'avais très envie de connaître la fin (je vous avouerai que je ne me souvenais plus de la fin de Barbe Bleue de Perrault). J'attendais avec une impatience malsaine le moment où Saturnine ouvrirait la fameuse chambre noire interdite... Les dialogues sont parfaitement cyniques et/ou ironiques...mais l'écriture ne m'a pas particulièrement marqué ni enthousiasmé. Pas de belles figures de style dans de beaux paragraphes narratifs, dommage. Ce n'est pas particulièrement ce que je recherchais, mais quelque bonne surprise m'est toujours agréable. Quelques situations sont improbables, on est dans la fiction... mais enfin, tout de même ! La mort des parents du noble espagnol, l'amour soudain de Saturnine pour lui, bref, tout va un peu vite (ce qui fait aussi partie du jeu, et peut-être du caractère comique du livre). Mais ce roman m'a permis de faire quelques parallèles, notamment de remonter quelques années en arrière lors de ma lecture du Parfum, de Süskind (génial) : à la recherche du parfum parfait se superpose celle de la couleur parfaite. Bref, je ne vous en dit pas plus. Je suis aussi passée par le cannibalisme, le fétichisme, bref, toutes sortes d'explications au fil de l'histoire pour comprendre cet obscur espagnol, et son comportement. Quant à la dernière phrase....elle m'a littéralement laissé pantoise.

Un roman d'Amélie Nothomb qui se lit vite, mais qui m'a laissé sur ma faim et ne m'a pas totalement convaincu. Dommage...

Extrait :

"Ils commencèrent à manger. Corinne ne parvenait pas à décortiquer le crustacé. Son amie vint l'aider. En faisant craquer une articulation elle envoya un jet de jus de homard dans l'oeil de don Elemirio. Saturnine pouffa.
- Je vous supplie de m'excuser ! cria Corinne en tremblant.
- Tout va bien, dit l'hôte avec bienveillance. Depuis quand vous connaissez-vous ?
- Depuis l'athénée, dit Corinne.
- Pardonnez-moi ?
- L'athénée, reprit Saturnine, c'est l'école secondaire, en Belgique.
- Quel mot admirable ! Vous avez donc été placées toutes les deux sous l'égide d'Athéna.
- En effet, dit Saturnine. Athéna, déesse de l'intelligence. Méfiez-vous, don Elemirio.
- Que faites-vous ? demanda l'homme.
- Je travaille à Euro Disney.
- De quoi s'agit-il ?
- C'est un parc d'attraction. J'organise les files au palais de l'Epouvante.
- Quel étrange destin vous a-t-il conduite du culte d'Athéna au p
alais de l'Epouvante ?"
(p.49, Edition Le livre de poche)

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