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Du côté de Clio

Léviathan

3 Novembre 2014, 21:02pm

Léviathan

"Pourquoi ? Mais pourquoi mon Dieu ?" Excellente question posée par Kolia...

Léviathan, de Andreï Zviaguintsev (2014)

Avec Alexeï Serebriakov, Elena Liadova, Vladimir Vdovitchenkov, Roman Madianov...
Prix du meilleur scénario au Festival de Cannes 2014

Cela faisait longtemps que je n'étais pas sortie aussi révoltée d'un film... Un peu plus d'un an pour être précise. Oui, parce que franchement, même si on ne possède pas toutes les clés pour savoir qui a fait quoi (bien qu'on se doute fortement), il est impossible de sortir neutre de ce film. Magnifique, d'ailleurs. J'ai eu un peu de mal à entrer dedans ; il commence par des plans qui ressemblent à de véritables photos, qui montrent un paysage de la Russie sauvage, qui a survécu à travers les âges, qui aplati l'espèce humaine. Il se termine de la même façon, d'ailleurs : la boucle est bouclée. 

Sinon, pour revenir un peu au synopsis : Kolia est un être abrupte qui habite dans une (très charmante) maison au bord de la mer, construite par sa famille. Il y vit avec sa nouvelle femme, et son fils. Mais la maison doit être rasée pour que soit construit un bâtiment important ; son ami de l'armée, avocat, vient l'aider contre le maire. On est en Russie. Inévitablement, le thème de la corruption (et de la liquidation) s'installe.

Léviathan est magnifique pour bien des raisons, mais surtout parce qu'il ne se laisse pas apprivoiser facilement. On ne comprend pas de suite qui sont les personnages, et il faut attendre le procès pour savoir ce qui se passe (magnifique moment où la juge lit son rapport sans presque reprendre sa respiration, au fur et à mesure que la caméra se rapproche d'elle, on peut apercevoir les broderies sur sa robe). Mais dès qu'on est parvenu à l'apprivoiser, il se déploie, et ça devient juste extraordinaire. J'ai souvent vu le film présenté sous sa face de corruption, mais il est bien plus que ça : amour, déchéance, corruption de l'Eglise orthodoxe, fatalité qui s'abat ; après tout, Kolia est peut-être un type qui boit trop de vodka (oui, beaucoup trop), mais c'est vraiment un brave gars qui n'arrive pas à réagir face aux événements. Le face à face avec le maire est assez cocasse, tous les deux étant ivres de vodka, perdant toute crédibilité (surtout quand le maire, petit cafard pouilleux et grossier, est sur le point de tomber en arrière). Autre scène, qui a d'ailleurs beaucoup fait rire la salle : lors d'une séance de tir, toutes les bouteilles-cibles ayant étés atomisées à la kalachnikov, l'un des assistants sort des portraits d'anciens présidents de la Russie. Pas les derniers, il n'y a pas encore de recul historique. Poutine est donc cantonné à rester accrocher dans le bureau du maire.

La photo est magnifique, le scénario est très bien ficelé (pour une fois, je suis bien d'accord avec le prix de Cannes !), les acteurs très bons (surtout bourrés de vodka). L'ambiance mystérieuse, qui ne finit jamais de se révéler, c'est peut-être aussi ce qui fait l'ultime beauté de ce film. Je n'ai pas parlé du presque unique personnage féminin ; la femme est belle, magnifique, aimée, perdue, elle ne parle pas beaucoup, on ne parviendra jamais non plus à savoir ce qu'elle pense réellement. Ou un peu, quand même. On comprend du moins sa détresse.

Une très forte et profonde découverte russe, pour Lévitahan où le monstre du chaos a peu à peu envahi tout le film.

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