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Du côté de Clio

Los amores equivocados

25 Juillet 2016, 15:14pm

Los amores equivocados

"No hay nada que me resulte tan excitante como alguien muy controlada a punto de perder el control." (p. 128)

"Il n'y a rien qui soit plus excitant que quelqu'une très contrôlée sur le point de perdre le contrôle."

Los amores equivocados, de Cristina Peri Rossi (2015)

Cristina Peri Rossi est une auteure uruguayenne, domiciliée à Barcelone depuis plus de 40 ans. Elle a publié de nombreux écrits et a gagné de nombreux prix ; elle aime toucher à tout, aussi bien à la poésie qu'aux romans et aux nouvelles. Après plusieurs publications de recueils de poèmes, elle revient à la narration et nous présente onze nouvelles sur l'amour, l'amour compliqué et erroné. En effet, toutes racontent un moment de séduction qui se termine mal : un homme qui s'étouffe avec un poil en faisant un cunnilingus à une amante qu'il connaît à peine, une prof de fac qui couche avec l'une de ses élèves qui lui tend un piège, deux hommes qui rencontrent dans la vie la femme de leurs rêves (prototype de la femme parfaite et idéalisée pour tous les hommes), etc. Mais surtout, toutes les nouvelles se laissent savourer grâce à la force des détails et au message à faire passer. L'écriture de Peri Rossi est excellente de lucidité et de sous-entendu ; cependant, on peut regretterque dans ce nouveau recueil elle ne plonge pas aussi profondément dans l'âme humaine qu'elle l'avait fait dans El museo de los esfuerzos inútiles, par exemple.

Le fil conducteur, ici, serait l'amour, thème qui a toujours passionné l'auteure. Elle tente ainsi de nous montrer que l'amour est non conventionnel, puisqu'aucun de ces couples ne rentre dans les "cadres" hétéronormés (quels cadres ?). Certains récits vont particulièrement loin en présentant, par exemple, un homme qui prend en autostop une jeune fille qui veut aller travailler dans un bordel. La fille a l'âge de ses deux jumelles ; elle lui demande de lui "apprendre à le faire". Ou encore celui, d'une grande délicatesse, d'une traductrice qui prend en autostop (oui, encore) une jeune femme qui patientait sous une pluie torrentielle ; la vie nous conduit parfois vers des chemins auxquels on ne pensait pas... Et telle est la magie de la vie et des relations, qui peuvent être pleines de magie et d'imprévus, mais qui, quelques fois, peuvent mal se terminer : Peri Rossi l'a bien capté et parvient à le transmettre dans une prose subjugante d'honnêteté et de simplicité.

Un recueil passionnant et captivant à déguster sans modération !

Les nouvelles du recueil sont :

Ironside / Los amores equivocados / El encuentro / Todo iba bien / De noche, la lluvia / Ne me quitte pas / Un maldito pelo / La escalta Lota / Confesiones de escritores / La Venus de Willendorf / Un cuento de Navidad.

"- La noche. La lluvia. Tu voz. El goteo del agua. La música que no escuchamos. El viento. El ruido de las ruedas en el pavimiento. Los tramos iridiscentes de las vallas. Mi piel mojada. Marianne Faithfull cantado Solitude.Tus recuerdos diferentes de los míos. Treinta y ocho años. Veinte, no, mentira, diecinueve. [...] Ella es mucho más vieja que tú... Sabe que los días se van. Yo también lo sé, aunque solo tengo dicienueve. Hay noches así. Y eso es la profundidad. O la intensidad.

[...] De pronto, sintió un ardor y una alegría. Un ardor y una alegría. El ardor parecía en el cerebro, pero posiblemente estaba también en otras vísceras, en el hígado, en el corazón, en la visícula biliar... y la alegría era la noche húmeda, la lluvia, los besos de la muchacha, mi madre siempre me dijo que no hiciera nunca autostop, y a mí la mía me dijo que nunca recogiera a una vagabunda... Bonita palabra, fíjate, querida: vagar por el mundo, vagar el mundo. ¿Así que traduces? ¿A poetas tambien? No, la poesía no se puede traducir. Como que no. Marianne Faithfull dice "La soledad es triste", pero esta noche ni tú ni yo estaremos solas, te lo prometo, me lo prometes, estaremos juntas."

(Edition Menoscuarto : De noche, la lluvia, p. 68)

"- La nuit. La pluie. Ta voix. Les gouttes d'eau. La musique que nous n'écoutons pas. Le vent. Le bruit des roues sur la chaussée. Les pans iridescents des barrières. Ma peau mouillée. Marianne Faithfull qui chante Solitude. Tes souvenirs différents des miens. Trente-huit ans. Vingt, non, mensonge, dix-neuf. [...] Elle est beaucoup plus âgée que toi... Elle sait que les jours filent. Moi aussi, je le sais, même si je n'ai que dix-neuf ans. Il y a des nuits comme ça. Et cela, c'est la profondeur. Ou l'intensité.

[...] Soudain, elle ressenti une ardeur et une joie. Une ardeur et une joie. L'ardeur apparaissait dans le cerveau, mais elle était aussi probablement dans d'autres viscères, dans le foie, dans le coeur, dans la vésicule biliaire... et la joie était la nuit humide, la pluie, les baisers de la jeune fille, ma mère m'a toujours dit de ne pas faire de stop, et la mienne m'a dit de ne jamais prendre une vagabonde... Joli mot, regarde, très chère : errer dans le monde, errer le monde. Alors comme ça tu traduis ? Des poètes aussi ? Non, la poésie ne peut pas se traduire. Et pourquoi donc. Marianne Faithfull dit "La solitude est triste", mais cette nuit ni toi ni moi ne seules, je te le promets, tu me le promets, nous serons ensemble."

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