Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Du côté de Clio

Gerontophilia

25 Octobre 2014, 21:55pm

Gerontophilia

"C'est très courageux [...] tu te bats contre la nature."

Gerontophilia, de Bruce La Bruce (2013)

Avec Pier-Gabriel Lajoie, Walter Borden...

Alors, tout d'abord... Le film est placé dans la catégorie "comédie romantique". Romantique, oui, mais je ne sais pas vous, mais moi je n'ai pas vraiment ri dans ce film ! Lake est un jeune homme, en année sabbatique pour gagner des sous pour ses études, qui cherche du travail. Il en trouve dans une piscine, sauve un vieil homme et a une érection en lui faisant du bouche-à-bouche ; il fuit. Sa mère lui propose du travail dans une maison de retraite ; il tombe amoureux de Melville, 81 ans.

On m'a parlé dernièrement de Bruce LaBruce, en me disant que Gerontophilia était son film le plus "soft" et le plus accessible. Je l'avais raté lors de sa sortie au cinéma, pourtant le thème me semblait intéressant, voire passionnant. Le défi lors du visionnage de ce film a été de ne pas être dégoutée par ce jeune homme qui tombe amoureux d'un octogénaire, dégoût que ressent la plupart des personnes de son entourage (réactions qui ont été assez fades, ceci étant dû à la VF je pense...). Et bien non, je n'ai pas été dégoûtée ! C'est pourtant un défi pour le sens commun, et un défi de tolérance aussi. Le film réutilise les thèmes romantiques typiques en les détournant : ici, point de prince charmant (même si Lake est beau comme un ange...) ni de princesse. Finalement, cette relation entre jeune homme et homme plus âgé existe dès la Grèce antique, où l'éraste était chargé d'éduquer le jeune éromène. Et ça ne choquait personne, cela faisait partie de l'éducation, comme à Sparte par exemple.

Pour revenir au film, le thème m'a semblé intéressant, et la manière de le traiter aussi, à peu près. Je m'attendais un peu trop à la fin. Le film est tourné tout en douceur et en pudeur, ce qui donne un résultat assez beau. Cependant, tout m'a semblé aller trop vite, surtout la rencontre avec Melville : Lake ne voit que lui dans cette maison de retraite et il en tombe immédiatement amoureux. Le sujet n'est pas dans la rencontre mais dans le développement de leur amour, certes. Le personnage de Désirée m'a beaucoup plu ; petite féministe qui cite le nom de ses totems féministes entre deux pelles, qui aide Lake qui était son beau petit-ami à fuir avec son amant, et qui lui fait un super beau discours sur la tolérance et le courage. Qui aime la littérature, aussi. La bande-son était chouette, mais un peu lourde ; il y avait peut-être un peu trop de musique, comme si elle était là pour donner de l'émotion ou pour combler. L'image fait très bien ce travail, la photo est belle, et les acteurs jouent bien. Mais j'ai trouvé le film un peu fade, je suis restée sur ma faim ; pourtant, j'insiste, le sujet est d'une profonde humanité, l'amour est universel quelque soit la couleur de peau (il y a de nombreux films sur ce sujet), la religion, ou l'âge même très avancé.

Un film qui parvient à déconstruire les tabous avec une justesse et une douceur décapantes.

Commenter cet article