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Du côté de Clio

Relève : histoire d'une création

20 Août 2016, 13:19pm

Relève : histoire d'une création

Beauté esthétique à tous les niveaux

Relève : histoire d'une création, de Thierry Demaizière et Alban Teurlai (2016)

Argument : Quarante jours, Benjamin Millepied a quarante jours pour monter sa nouvelle création, « Clear, Loud, Bright, Forward » afin d'ouvrir sa saison comme nouveau directeur de la danse de l'Opéra de Paris. Il succède ainsi le 1er novembre 2014 à Brigitte Lefèvre qui est restée vingt ans à la tête de la maison. Benjamin, le nouveau patron, a pour ambition de dépoussiérer la célèbre école made in France, bien ancrée dans ses traditions. Mais est-ce si facile ?

Relève : histoire d'une création

Mon avis : Relève : histoire d'une création a pour ambition de suivre l'ancien étoile du New York City Ballet jour après jour lors de la création de sa carte de présentation : un ballet original de trente-trois minutes pour ouvrir la saison 2015-2016, sa saison à l'Opéra de Paris. Ainsi, les jours s'égrènent sur l'écran ; les interviews sont presque inexistantes puisque la caméra s'attache plutôt à suivre discrètement les faits et gestes du directeur et de toute son équipe. La parole est alors donnée à ses collaborateurs, comme à sa secrétaire et à ses danseurs, ce qui est louable. Le spectateur qui aime voir des ballets se retrouve totalement immergé dans les coulisses de cette grande machinerie fondée sous Louis XIV, et dont les traditions ont la peau dure. Tandis que le spectacle se monte, Benjamin Millepied doit faire face à ses détracteurs ; il le fait avec courage !

L'esthétique du documentaire est magnifique, comme si elle tentait de rivaliser avec la beauté esthétique du ballet, de la danse et de ces corps en mouvement où chaque geste est méthodiquement réalisé avec grâce. Alors, évidemment, ceux qui ne s'y connaissent que trop peu ne pourront percevoir la personnalité de chaque danseur évoquée par le directeur de la danse ; l'enjeu du documentaire n'est pas là. Il tente plutôt de montrer la motivation sans faille qui anime l'ancien étoile : son travail est acharné, son implication est tout à fait louable puisqu'il apporte ses propres réformes dans la Grande Maison. Par exemple, il change les planchers trop anciens et trop rigides pour le corps des danseurs, il fait entrer des médecins de la danse dans l'école pour que les danseurs puissent se faire masser et soigner dès que le besoin se fait ressentir et il crée une plateforme digitale, "3e scène". Mais surtout, il tente de créer une nouvelle génération, bien loin des étoiles toujours distribués : la "génération Millepied". Il a ainsi promu, pour la première fois, une danseuse métisse, Letizia Galloni, dans le rôle principal d'un ballet classique, « La fille mal gardée ».

Le documentaire offre un réel plaisir visuel tant par les plans choisis que par la réalisation, plus près du film que du documentaire. Le climax se trouve ainsi lors des toutes premières minutes du film et des toutes dernières : il s'agit du spectacle de présentation, enfin. Les images sont au ralenti, tentant de décortiquer la grâce de chaque mouvement, en s'attachant à chaque danseur, sans presqu'aucun plan d'ensemble. L'esthétique est divine : elle se termine sur l'annonce de l'abdication de Benjamin Millepied, quatre mois après cette première, sans pour autant nous donner plus d'explications. C'est tout de même un peu dommage... bien que le film tentait, sûrement par un choix de montage, de bien présenter ses difficultés.

Un très beau documentaire sur le règne moderne de Benjamin Millepied comme directeur de la danse à l'Opéra de Paris

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