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Du côté de Clio

Julieta

14 Avril 2016, 10:19am

Julieta

"Tu ausencia llena mi vida por completo y la destruye"

"Ton absence remplit totalement ma vie et la détruit"

Julieta, de Pedro Almodávar (2016)

Avec Emma Suárez, Adriana Ugarte, Michelle Jenner, Daniel Grao, Rossy de Palma...

Julieta (Emma Suárez) va quitter Madrid avec son amant pour s'installer au Portugal. Seulement, quelques jours avant le départ, elle rencontre dans la rue une vieille connaissance qui la fait brusquement changer d'avis. Elle souhaite rester à Madrid, retourner dans l'appartement qu'elle habitait quelques années plus tôt et méditer sur sa vie, sa vie passée, où elle était déjà Julieta (Adriana Ugarte)... mais où elle était si différente.

Almodóvar... Sûrement le plus célèbre réalisateur espagnol contemporain. En 2013, il nous surprenait (négativement) avec ses Amants passagers ; autant dire que son nouveau long-métrage était attendu. Personnellement, j'ai fait le choix de ne lire aucune critique avant de m'asseoir dans le fauteuil du cinéma. Cela n'a pas été difficile, puisque la promotion de Julieta a été écourtée à cause de l'annonce de la participation des Almodóvar dans l'affaire des papiers du Panama. Triste nouvelle, mais qui ne devrait pas rebuter les inconditionnels d'aller découvrir son film. Julieta... Je l'attendais, je m'attendais à tout et la surprise fut très bonne. Ne vous attendez pas à une comédie signée de la patte du célèbre réalisateur espagnol ; Julieta se rapproche beaucoup plutôt des Etreintes brisées ou de Volver. Il s'agit, une nouvelle fois, de présenter une histoire de femme, des femmes. Ces femmes qui gravitent autour des hommes, qui les aiment, et qui se consument à cause d'eux. Julieta est une femme que la vie a dévasté et qui décide d'écrire une confession à sa fille, Antía (presqu'un un scénario comme dans Les étreintes brisées). Le film valse entre le présent et le passé avec pour point de référence ce personnage de femme qui vit profondément toutes ses émotions. Les sauts dans le temps sont très bien construits ; la scène de la serviette passée sur la tête pour sécher les cheveux de Julieta est mémorable puisqu'elle permet au réalisateur de changer de temps de manière tout à fait naturelle.

Le point fort de Julieta (s'il n'y en avait qu'un...) est son scénario, maîtrisé de bout en bout. Pourtant, Almodóvar s'inspire de trois récits de l'auteur Alice Munro pour créer sa propre histoire (Silencio, Destino, Pronto). Certains diront que cette trop grande main mise empêche le film de se dérouler avec fluidité ; je ne suis pas de cet avis, Almodóvar nous présente une véritable leçon d'écriture du scénario. Il est difficile de présenter vingt ans de la vie d'un personnage en seulement 1h30 de film ; certes, beaucoup de films le font, mais peu y parviennent avec une telle intelligence. Rien n'est laissé au hasard, tous les détails sont importants, ce lui qui permet de se jouer de nous et de nous maintenir en haleine. Les personnages sont comme toujours parfaitement construits, avec une réelle profondeur et une sensibilité à fleur de peau. Les acteurs (ou plutôt les actrices) ? Parfaites, sublimes, comme toujours. Emma Suárez et Adriana Ugarte ont passé avec succès l'examen d'entrée de "las chicas Almodóvar". Rossy de Palma, quant à elle, est une habituée ; elle possède un petit rôle ici, mais elle est toujours très juste et elle incarnera le seul personnage qui nous fera sourire, mais qui nous inquiétera aussi.

Enfin, je vous conseille d'aller voir Julieta sans penser qu'il est réalisé par Almodóvar ; vous serez agréablement surpris. Ce film restera longtemps gravé dans mon esprit, et il est nécessaire de le voir plusieurs fois pour en percevoir toute la profondeur. Beau. Esthétiquement parlant aussi par ses plans très travaillés, ses mouvements de caméra et ses couleurs qui sont le reflet de l'univers du réalisateur. Un drame puissant mais contenu, et surtout très douloureux et terriblement réel. A découvrir de toute urgence !

Trois générations de douleur et de souffrance

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La perte, la douleur, la culpabilité... la solitude : voici les ingrédients du nouveau Almodóvar, d'une sensibilité à fleur de peau. Sublime !

Bel hommage à Chavela Vargas pour la BO du film. Cette chanson vous arrachera quelques larmes, c'est sûr !

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