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Du côté de Clio

Nocturno de Chile

31 Mars 2016, 19:14pm

Nocturno de Chile

"¿Sabe un hombre, siempre, lo que está bien y lo que está mal?"

"Un homme sait-il, toujours, ce qui est bon et ce qui est mal ?"

Nocturno de Chile, de Roberto Bolaño (1999)

(Nocturne du Chili)

Sebastián Urrutia Lacroix est membre de l'Opus Dei et critique littéraire sous le pseudo de H. Ibacache. Il se meurt, il a une violente poussée de fièvre qui le fait délirer : il raconte les épisodes les plus marquants de sa vie, ceux dont il veut que l'on se souvienne ou ceux qu'il veut se faire pardonner.

Noturno de Chile est le septième roman de Roberto Bolaño ; ici, il tente de rompre avec quelques conventions littéraires. Par exemple, le roman n'est composé que d'un seul et unique paragraphe de 150 pages. La lecture est alors assez ardue, puisque l'on ne peut reprendre son souffle. Certaines phrases font plus de deux pages... La confession agonisante de ce prêtre repenti est alors oppressante et angoissante. Lacroix-Ibacache tente de répondre à des accusations que sans doute seul lui entend : il nous raconte sa rencontre avec Neruda dans la hacienda de son ami Farewell, son parcours à travers l'Europe en quête de techniques pour la conservation des façades des églises basées sur la domestication des vautours pour qu'ils chassent les pigeons, il a participé à des rencontres littéraires dans une maison dont le sous-sol servait de chambre de tortures, il a donné des cours de marxisme à Pinochet... Le récit atteint alors le climax de l'horreur et de l'aveuglement. L'épisode des réunions littéraires chez María Canales est malheureusement un fait historique, comme pour l'Argentine (cf : El Clan). Ainsi, la narration bien que pensante, est fluide et présente donc divers tableaux de la vie de cet homme qui veut mourir la conscience en paix avec lui-même. De temps à autre il pense à l'apparition de "el joven envejecido" qui n'est autre que le reflet de sa propre conscience.

Mais Nocturno de Chile tente aussi de réfléchir sur d'autres thèmes plus intellectuels, tels que la relation entre la littérature et la critique littéraire : peut-on juger d'un livre de manière objective ? Les métaphores sont alors nombreuses, tout comme les symboles qu'il faut parvenir à déchiffrer. L'un d'eux serait, par exemple, le choix du nom des acolytes Oído et Odeim : Oído = ouïe / Odeim = Miedo = peur. Ces deux hommes qui viennent lui demander de donner des cours de marxisme à Pinochet servent la dictature... Il s'agit de réfléchir sur les silences coupables du Chili, cette honte que tout pays veut un jour oublié mais dont il faut parvenir à crever l'abcès. Roberto Bolaño y parvient de manière ingénieuse, lui qui clamait que personne ne lui pardonnerait ses romans s'ils avaient été écrits au Chili...

Roberto Bolaño a écrit un roman intéressant et oppressant de par sa forme

Extrait :

"En Chile las cosas no iban bien. Para mí las cosas iban bien, pero para la patria no iban bien. No soy un nacionalista exacerbado, sin embargo siento que un amor auténtico pof mi páis. Chile, Chile. ¿Cómo has podido cambiar tanto?, le decía a veces, asomando a mi ventana abierta, mirando el reverbero de Santiago en la lejanía. ¿Qué te han hecho? ¿Se han vuelto locos los chilenos? ¿Quién tiene la culpa? Y otras veces, mientras caminaba por los pasillos del colegio o por los pasillos del periódico, le decía: ¿hasta cuándo piensas seguir así Chile? ¿Es que te vas a convertir en otra cosa? ¿En un mónstruo que nadie reconocerá? Después vinieron las elecciones y ganó Allende. Y yo me acerqué al espejo de mi habitación y quise formular la pregunta crucial, la que tenía reservada para ese momento, y la pregunta se negó a salir de mis labios exangües. Aquello, no había quien lo aguantara."

Edition Anagrama, p. 96.

"Les choses n'allaient pas bien au Chili. Tout allait bien pour moi, mais pour la patrie elles n'allaient pas bien. Je ne suis pas un nationaliste exacerbé, mais je ressens cependant un amour authentique pour mon pays. Chili, Chili. Comment as-tu pu changer autant ? Je lui disais, quelques fois, accoudé à ma fenêtre ouverte, en regardant au loin le réverbère de Santiago. Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? A qui la faute ? Et d'autres fois, alors que je marchais dans les couloirs de l'Ordre ou dans les couloirs du journal, je lui disais : jusqu'à quand tu penses continuer comme ça, Chili ? Ils vont te transformer en quelque chose de différent ? En un monstre que personne ne reconnaîtra ? Ensuite, les élections sont arrivées et Allende a gagné. Et moi je me suis approché du miroir de ma chambre et j'ai voulu prononcer la question cruciale, celle que je réservais depuis un moment, et la question s'est refusée à sortir de mes lèvres épuisées. Ça, personne ne pouvait le supporter".

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