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Du côté de Clio

Paulina

13 Novembre 2015, 22:35pm

Paulina

"Quand il y a des pauvres au milieu, la justice ne cherche pas la vérité, elle cherche des coupables"

Paulina, de Santiago Mitre (2015)

Avec Dolores Fonzi, Oscar Martínez, Esteban Lamothe...
Prix de la semaine de la critique au Festival de Cannes 2015
Prix "Horizontes latinos", Prix de la jeunesse et Prix "Otra mirada" au Festival de San Sebastián 2015
Présenté dans la section "Special Screening" du Festival du cinéma européen de Séville 2015

Paulina (Dolores Fonzi) a la trentaine et elle est destinée à une brillante carrière d'avocate, comme son père. Sauf qu'elle renonce et part donner des cours à de jeunes élèves d'un village reculé d'Argentine. Elle tente de leur enseigner la démocratie et la liberté. Sauf qu'un soir, elle revient d'une soirée arrosée chez l'une de ses amies et elle se fait violer. Lâchement, dans la rue. Elle ne sait pas qui sont ses agresseurs.... Du moins au début.

Santiago Mitre avait déja bluffé la critique internacionale avec son film précédent, El Estudiante (2011) : un jeune venant d'un petit village s'engageait dans la politique de son université de la capitale argentine, Buenos Aires. Ici, le réalisateur s'est entouré d'une excellente équipe pour tourner un film centré sur une femme : ainsi, aux manettes de la production se trouve la grande Lita Stantic, connue pour son film Un muro de silencio (1993) mais surtout pour être la productrice des plus grands noms de réalisatrices de cinéma argentin contemporain, tels que María Luisa Bemberg (Camila (1984), Yo, la peor de todas (1990)) ou Lucrecia Martel (La ciénaga (2001), La niña santa (2004)). Paulina suit l'histoire d'une femme soumise à un terrible affrontement moral : des hommes la violent, son père veut lui rendre justice, elle préfère comprendre. Le spectateur sera tiraillé entre la compréhension et la non compréhension envers cette femme qui ne veut pas simplement réclamer justice. Le père est patriarcal, il oblige presque sa fille à rester dans la magistrature alors qu'elle n'y est pas heureuse et qu'elle ne se sent pas en accord avec ses idéaux. Cependant, il s'offusquera lors de l'audition de Paulina, où le commissaire lui demandera si elle avait "bu" avant l'agression, et comment elle "était habillée". On parviendra à comprendre les accès de violence verbale du père face à cette fille qui ne veut pas faire arrêter les coupables... Il n'est pas demandé au spectateur de prendre parti, mais de réfléchir aux actes qui posent de véritables questions de morale et d'éthique.

L'actrice est formidable, vraiment. Elle donne une force brute au personnage de Paulina, qui avait déjà été incarné par une autre actrice puisque La patota (le titre original du film) est un film de Daniel Tinayre tourné en 1960. Dolores Fonzi est époustouflante. Elle forme un très bon duo avec Oscar Martínez, qui incarne le père de Paulina : magnifique plan séquence de huit minutes qui ouvre le film et qui nous pose toutes les bases problématiques. Ces deux personnages sont d'une grande complexité, même si Paulina reste la plus hermétique. Les autres restent en retrait, et on pourrait trouver dommage que le petit ami, incarné par Esteban Lamothe (le protagoniste de El Estudiante) ne soit pas plus développé. Le scénario est parfait et les choix de réalisation bons, comme ceux de choisir de représenter plusieurs scènes sous des angles différents, en adoptant le point de vue de divers personnages.

Finalement, Paulina est un film complexe, magnifique, qui fait réfléchir bien après la dernière scène. On sort de la salle en se sentant mal pour cette femme qui cherche des réponses là où il n'y en a peut-être pas... Mais ses choix sont ses choix, et chacun réagi de façon différente à un acte barbare.

Un film beau et fort, à découvrir absolument !

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