Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Du côté de Clio

La Belle saison

8 Septembre 2015, 09:37am

La Belle saison

"Tu vas pas rester seule toute ta vie. C'est terrible la solitude."

La Belle saison, de Catherine Corsini (2015)

Avec Cécile de France, Izïa Higelin, Noémie Lvovsky, Kévin Azaïs...

France, 1971. 68 est passé par là, et les femmes ont décidé de revendiquer leurs droits dans l'action du MLF : elles ne veulent plus subir la domination phallocrate qui les opprime. Elles organisent diverses actions ; un jour, dans la rue, au cours de l'une d'elle, Delphine (Izïa Higelin) rencontre Carole (Cécile de France). Tout les oppose : Delphine est fille de paysans venue trouver une certaine émancipation à Paris, Carole est prof d'espagnol ; Carole sait qu'il faut se battre pour le droit des femmes, Delphine a peur du regard des autres ; Delphine est lesbienne, Carole est en couple avec Manuel. Tout semble les opposer, mais pourtant tout les rapprochera.

Beaucoup de critiques comparent La Belle saison à La vie d'Adèle... Alors qu'il n'y a rien à voir ! Certes, le film de Kechiche a peut-être permis une certaine visibilité du cinéma lesbien (il faut tout de même arrêter de faire croire qu'avant La vie d'Adèle il n'y avait pas de films lesbiens !!). Mais ici, l'histoire d'amour saphique se lie à un regard sur le féminisme, tout deux liés grâce aux mouvements de ces femmes à qui nous devons tant (il ne faut pas l'oublier). Le sujet principal ne me semble donc pas être la libération des femmes, mais cette belle romance. L'histoire est juste, et aborde beaucoup de thèmes des années 70 qui restent cependant terriblement d'actualité. On retrouve notamment l'opposition entre la campagne et la capitale, la peur du coming-out à cause du regard des autres et des rêves brisés. Cependant, le choix d'un personnage féminin travaillant dans une ferme est loin d'être anodin, et pourrait flirter avec le cliché : pourquoi avoir besoin de mettre une femme au milieu de foin, de boue, de vaches pour dire qu'il faut faire évoluer le sort des femmes ? Bien d'autres milieux sociaux auraient pu être évoqués, alors que la campagne est l'extrême de nos représentations puisqu'elle a souvent été considérée comme moins évoluée que la ville. Cependant, elle nous permet de ressentir le climat latent qui pèse sur les femmes qui ont le droit de piocher dans le salaire de leur mari : "c'est déjà bien !". Alors qu'elles-mêmes n'ont pas de salaire. Mais quelques fois ces allusions manquent un peu de subtilité et on comprend bien qu'elles ont un but d'information. En revanche, la relation entre Carole et Delphine est très pertinente, et parfaitement sondée. Chacune doit se sacrifier pour l'autre afin de faire perdurer une relation qui semble vouée à l'échec ; là provient la grande force de La Belle saison.

Si je devais moi aussi tenter de comparer l'incomparable avec le film de Kechiche, je dirai que les scènes intimes sont merveilleusement bien filmées (a contrario de La vie d'Adèle, vous l'aurez compris), comme on a rarement pu le voir. Les corps sont sublimés et montrés sans tabous, loin des diktats des canons de la beauté actuelle. Catherine Corsini a trouvé le moyen d'atteindre la sensuailité : montrer entièrement les corps, sans pour autant faire des spectateurs des voyeurs. Les acteurs sont fabuleux, les protagonistes sont pleines de vie et parviennent à nous transporter. Kévin Azaïs en amoureux trompé est une nouvelle fois excellent, sans parler de Noémie Lvovsky qui est assez juste dans son rôle de fermière qui se bat et de mère qui ne peut croire à l'homosexualité de sa fille. Un regret cependant : la fin. Comme si le film voulait laisser une chance à Delphine de se rattraper. Love wins, semble-t-il pour laisser une fin ouverte à un public heureux (la dernière séquence est de trop...).

Un beau film juste qui traite de l'homosexualité dans les années 70, et qui pourtant reste d'actualité quand on voit les ravages de la Manif pour Tous.

Pour se mettre dans l'ambiance du MLF :)

Commenter cet article