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Du côté de Clio

Dheepan

26 Septembre 2015, 16:47pm

Dheepan

La Palme d'or 2015 : méritée ?

Dheepan, de Jacques Audiard (2015)

Avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers...
Palme d'or Festival de Cannes 2015

Dheepan (Antonythasan Jesuthasan) fuit la guerre civile du Sri Lanka, qu'il vient de perdre, avec une femme (Kalieaswari Srinivasan) et une jeune fille de neuf ans (Claudine Vinasithamby) qu'il va faire passer pour sa famille. Ils arrivent donc à Paris et espèrent obtenir le statut de réfugiés politiques. Ils sont hébergés dans différents foyers avant d'atterir dans une cité en banlieue, Le Pré, un no man's land. Le trafic fait rage juste en face de la fenêtre de la fausse famille : Dheepan est le nouveau gardien de la cité, sa femme devient femme de ménage pour un vieil homme muet.

Dheepan, le grand vainqueur de la Palme d'or au Festival de Cannes 2015, est le nouveau film de Jacques Audiard. L'idée a surgi sur le tournage d'Un Prophète, a mûri depuis 2008 et a abouti trois jours seulement avant le début des festivités cannoises. Les critiques sont partagées, évidemment. Moi aussi : le film n'a pas réussi à m'émouvoirautant que je le souhaitais. L'histoire est intéressante, la construction aussi, l'évolution des personnages et leurs dichotomies sont très justes. Les acteurs sont au top, inconnus en France pour la plupart : ce fut une joie de redécouvrir Vincent Rottiers - Les Diables - que l'on voit trop peu sur les écrans, moins que son demi-fère Kévin Azaïs - Les Combattants, La Belle saison -) et c'est bien dommage.

Mais il manque l'émotion. Que dire de cette fin à l'eau de rose faite pour laisser le spectateur heureux du happy end ? Cela ressemble à un conte de fées sanglant... "Il était une fois un (guerrier) tamoul" qui arrive en France avec une princesse qui n'est pas sa femme. Je vous laisse deviner la fin. Le film aurait du s'arrêter cinq minutes avant le clap final pour conserver sa force. Dommage.

Dheepan soulève toutefois de grands problèmes contemporains, et c'est en cela qu'il est très intéressant. Un étranger (un migrant, donc) arrive dans un pays qui n'est pas le sien (la France), dont les coutumes, les moeurs et les codes culturels sont différents. Il ne connaît rien, seulement quelques mots rudimentaires : il doit trouver la force de s'adapter. Et il le fait, vraiment. Même quand Pôle Emploi lui "offre" un job que personne d'autre ne veut : être gardien dans une cité de non droit, désertée par la police. L'évolution de Dheepan s'opère alors à l'écran par des détails fort appréciables : il arrive sous son nouveau toit et dort sur une paillasse, puis avec une couverture et un matelas. Mais son passé le rattrape, et l'on se demande d'où va venir le point fort de la tension latente. Les choix de mouvements de caméras sont très intéressants, sans grande originalité, certes, mais convaincants. Peut-être que l'explication de la chute est un peu trop subtile : le spectateur doit accepter de ne pas comprendre certaines choses. Jacques Audiard joue avec les codes des genres du cinéma : le thriller, le mélodrame, le western avec cette magnifique montée finale dans les escaliers, certes surréaliste pour le script, mais magnifiquement bien tournée. On ressort de ce film plutôt sonné, mais on s'en remet tout de même facilement. Dommage que l'émotion ne soit pas assez au rendez-vous...

Le nouveau film de Jacques Audiard, vainqueur de la Palme d'or 2015, qui divise les critiques

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