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Du côté de Clio

Vernon Subutex 2

13 Juillet 2015, 14:56pm

Vernon Subutex 2

« Son ancienne identité ne l’intéressait plus. Elle lui avait glissé le long du dos comme un vieux manteau lourd et encombrant. » (p. 17)

Vernon Subutex 2, de Virginie Despentes (2015)

Nous avions laissé Vernon SDF dans la rue après avoir épuisé toutes les possibilités de logement chez ses amis. On le retrouve donc domicilié sur un banc de la butte Bergeyre ; tous ses amis le cherchent et sont bien décidés à mettre la main sur lui, pour avoir bonne conscience et le ramener chez eux. Leur QG se fait alors au parc des Buttes-Chaumont…

Il y a seulement quelques mois sortait le tome 1 de la trilogie Vernon ; celui-ci était disquaire dans les années fastes du rock, avant de devoir plier boutique et d’être expulsé de son appartement ; appartement que payait Alex Bleach, un dieu de la musique contemporaine et pote de toujours. Seulement Alex est mort et Vernon s’est retrouvé à la rue. Le tome 2 est assez différent du premier volume, tout en restant dans la continuité de ce qu’avait posé Despentes. Seulement, bien que Vernon reste le centre de toutes les attentions, il n’est plus le centre de la narration : presque tous les personnages, encore plus que dans le tome 1, ont droit à leur focalisation à part, ce qui nous permet de percevoir toutes leurs pensées. L’intrigue s’enchaîne très bien grâce à cette astuce de chaque chapitre. Les thèmes brassés sont hétéroclites, et l’on passe la tête de Loïc, un facho à celle d’un SDF, Laurent, ou d’un ancien SDF qui a gagné au loto, Charles, mais aussi d’une musulmane, Aïcha, ou de femme mariée qui se sent délaissée Marie-Ange, à celle de lesbienne, Gaëlle et La Hyène, ou d’ancienne star du X, Pamela Kant. Toute la société, ou presque, y passe. Là est le don de Despentes : opérer une radioscopie de notre société contemporaine d’une main de maître, d’une lucidité exceptionnelle, telle un Balzac ou un Zola des temps modernes. L’écriture se veut nerveuse, piquante, jubilatoire. Cependant, elle ne parvient pas tellement à nous faire éprouver de l’empathie pour la mort de l’un des personnages…

Toute la culture dite populaire y passe aussi, il ne manque plus que Christine and the Queens et Stromae, celui-ci était par ailleurs déjà apparu dans le tome 1. Pourtant, le citer serait important, puisque Vernon se transforme en roi du dancefloor : « alors on danse ». La dérive sectaire autour de Subutex est assez décevante sur la fin alors que le reste de l’intrigue était passionnante : le tome 3 sortira sans doute l’année prochaine, l’attente sera longue et impatiente, mais aussi craintive quant à ce que laisse paraître la fin de ce deuxième volet du triptyque.

Un roman qui, une fois ouvert, nous attrape dans ses griffes : il est alors impossible de s’en extraire. A découvrir de toute urgence !!!

Extrait :

« Elle lui plaît. Pourtant il déteste le porno. Ça l’avilit. Il n’a pas envie de bander en regardant des femmes se rabaisser au rang de chienne, et pourtant il bande, et ça lui remplit la tête de saletés dont il n’a pas l’usage. On ne lui demande pas son avis : on lui met du porno sous le nez, tout le temps. Ça le dérange. Impossible de charger un jeu ou une série sans que s’affichent des photos de toutes les salopes qui habitent à moins de cent mètres de chez lui et qui veulent de la bite, tout de suite. Et à poil, les voisines, bien sûr, sinon il risquerait de passer à côté du message. Ça lui arrive de jeter un œil, c’est obligé. Ça le dégoûte. Ça l’excite et ça le dégoûte de se sentir excité par ça. Mais à qui les mecs peuvent-ils se plaindre ? Ils sont supposés encaisser tout ce qu’on leur envoie dans la gueule, et se démerder avec ça. Les filles, c’est facile pour elles : dès qu’elles l’ouvrent pour dire qu’elles se sentent salies ou non consentantes, on arrête toutes les rotatives et on les écoute pleurnicher. Lui se sent salit par la pornographie. Il se sent abusé, mais il va s’en plaindre à qui ? Les bonhommes, ils doivent supporter tout ce qu’on leur impose sans jamais la ramener avec leur sensibilité. On part du principe qu’ils sont forcément partants. Personne ne leur demande si ça leur plaît de se faire choper par les couilles à tout bout de champ, pas plus qu’on se préoccupe s’ils ont envie d’être père ou pas, pas plus qu’on se préoccupe de savoir s’ils ont les moyens de payer la pension alimentaire qu’on leur impose. Tout sur le même mode. La masculinité, c’est « bande et raque » sans alternative. »

Edition Grasset, p. 72-73.

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Commenter cet article

claire 15/07/2015 21:54

Nom d'un... homme pourquoi faut-il cet extrait le plus racoleur sur plus d'un millier de pages ?

Aurore 27/12/2015 20:17

Parce que c'est un autre regard proposé par Virginie Despentes, auquel on est pas habitué. Aussi parce que cet extrait est représentatif de son style et son univers.