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Du côté de Clio

La Tête haute

22 Mai 2015, 06:41am

La Tête haute

"Depuis qu'il sait marcher il est délinquant"

La tête haute, d'Emmanuelle Bercot (2015)

Avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Sara Forestier, Benoît Magimel...
Film d'ouverture Festival de Cannes 2015

Première scène du film : dans un premier temps, on ne pourra voir les visages des personnages installés dans un bureau. Une juge (Catherine Deneuve), une secrétaire, un homme, une femme (Sara Forestier) avec un enfant qui pleure dans ses bras, un autre enfant plus grand que l'on voit de prime abord, en revanche. La mère abandonne l'enfant dans le bureau car il est trop turbulent. Cet enfant est Malony (Rod Paradot), que l'on suivra tout au long de son adolescence, entre centres spécialisés, prison et voitures volées. Malony ne s'arrête jamais, et on comprend que derrière ses accès de violences se cache un mal-être profond, un manque d'amour total.

Les premières images laissaient présager un film poignant, dont il sera difficile de se remettre. Tout le film peut être résumé dans ces cinq premières minutes : un enfant abandonné qui ne comprend pas ce qui lui arrive, qui deviendra ultra violent, une mère qui a d'autres préoccupations, et surtout des acteurs fabuleux. La tête haute pourrait être un film dur, et il l'est à de très nombreuses reprises, mais il perd de son haleine au fil des minutes qui s'écoulent. Le début est rapide : Malony a 6 ans, puis il est ado au volant d'une voiture qui fait des pirouettes, puis il est dans le bureau de la juge. Bureau de la juge qui deviendra le leitmotiv du film, où les adultes (exceptée sa mère), tenteront de le sauver alors que lui ne prend pas les mains qu'on lui tend. L'histoire se déroule en un mini biopic puisqu'on suivra le jeune homme de 6 à 18 ans : sous nos yeux se dressera le portrait d'un "enfant sauvage qui a grandit comme une herbe folle". La psychologie de ce volcan en ébullition perpétuelle est recherchée, et on sent qu'Emmanuelle Bercot a fait un travail de documentation en amont : Malony n'est que le reflet de tant d'autres adolescents dans sa situation.

Que dire des acteurs ? Chapeau au jeune Rod Pradot qui est brillantissime, écorché à vif par cette mère inconsciente qui lui dit qu'elle l'aidera pour élever l'enfant qu'il aura. On ne sait pas trop comment les adultes qui tournent autour de cet électron libre peuvent parvenir à l'aider et à le calmer sans risquer leur vie ; la juge, d'ailleurs, préfèrera retirer tous les éléments pointus et tranchants de son bureau tels que ses ciseaux lors d'une visite de Malony. Catherine Deneuve, en juge effrontée, n'est pas totalement convaincante, alors que Sara Forestier, qui surjoue son personnage, est parfaite en mère immature. Elle prend même les mimiques de bouche, et l'attitude d'une femme droguée en permanence, qui a pourtant "arrêté les stup'". Benoît Magimel est bon, mais son personnage n'est pas assez creusé ; quelques indices nous sont donnés sur son passé, le spectateur peut en faire ce qu'il souhaite. Quant à la bande son : mémorable, un parallèle peut se faire avec Mommy, de Xavier Dolan. En plus de la relation mère-fils (abordée ici sous un autre angle), la musique alterne chant classique et musique techno, pour un résultat tout à fait jouissif.

Un regret, non des moindres : la fin. La tête haute commence sur les chapeaux de roue, et se termine après une chute abyssale dans une médiocrité contestable. Sérieux : c'est quoi cette fin ???

Un très bon film, qui ne parvient cependant pas à tenir la longueur.

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