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Du côté de Clio

L'Epreuve

26 Mai 2015, 13:29pm

L'Epreuve

"Ce serait plus simple si t'étais morte !"

L'Epreuve, d'Erik Poppe (2013)

(Sortie en France le 6 mai 2015)
Avec Juliette Binoche, Nikolaj Coster-Waldau, Lauryn Canny...
Prix spécial du Jury au festival des Films du monde de Montréal en 2014
Prix de la Critique du cinéma norvégien

Rebecca est reporter de guerre, l'une des meilleures photographes du monde. Elle est à Kaboul où elle veut faire un reportage sur une femme : une bombe humaine. Seulement tout dérape et elle est prise dans l'explosion. Elle se réveille à Dubaï dans un lit d'hôpital, avec son mari à son chevet. Commence une autre déflagration : celle de sa famille. Elle devra choisir entre ce besoin de changer le monde à travers des clichés tout en risquant sa vie, et sa famille.

Tout d'abord, je tiens à dire deux choses : il est fort dommage que ce film soit passé inaperçu lors de sa sortie et je me trouve encore en total désaccord avec Télérama (dont je préfère même ne pas lire la critique suite à la tête proposée comme notation du film). Vous l'aurez compris, j'ai adoré ce film, vraiment. Il prend aux tripes du début à la fin. Surtout si on n'en connaît l'histoire que d'une manière schématique et que la bande-annonce est sortie de notre esprit : on est surpris de découvrir que tout le rituel de préparation de la femme est un rituel mortel (et morbide) de kamikaze. Et là, le film commence ce qu'il poursuivra tout du long de ses deux heures : questionner le rapport à l'image et le rôle de ces reporters. Evidemment, on pense à cette photo de Kevin Carter, La fillette et le vautour... Et il est une magnifique éloge à la photo, à ces reporteurs qui jouent leur vie pour tenter d'épargner celle des autres (un camp de réfugiés au Kenya sera plus protégé suite aux clichés de Rebecca sur un massacre opéré), et sur ceux qui restent. Le mari et les deux filles de la photographe vivent la peur au ventre en attendant l'appel fatidique qui annoncera la mort de celle qu'ils aiment. Alors elle décide de décrocher, mais tous (sauf sa famille et ses amis) lui demandent pourquoi elle arrête. On comprend qu'elle se pose des questions, qu'elle se torture. Sa chef à New-York lui annonce qu'elle ne peut publier ses clichés pour lesquels elle a risqué sa vie à cause d'un chantage de la part du gouvernement (elle rendait belle la préparation d'une attentat). Quelques temps après, elle revient vers elle pour lui annoncer qu'ils vont les publier, mais qu'il faut plus de clichés : Rebecca est elle aussi devenue de la chair à canon. Sa vie importe peu pour ces personnes, seules ses photos comptent.

Juliette Binoche est remarquable. Elle m'avait déjà ébloui dans Sils Maria, mais ici elle se dépasse sur un tout autre registre. Emouvante scène charnière dans la voiture avec sa fille la mitraille littéralement de photos et où son visage se décompose peu à peu : une veine sous son oeil se rend de plus en plus perceptible. Nikolaj Coster-Waldau en père aimant et préoccupé est très bon aussi, dans un jeu tout en retenue avant la goutte de trop. La photo est belle, même si elle ne vaut pas les clichés montrés à l'écran ! L'intrigue est bien menée et nous donne quelques soubresauts d'adrénaline, et la fin est réussie. L'émotion est totale, et les quelques spectateurs de la salle sont restés scotchés devant tant d'incompréhension. Un film beau, et qui pose de réelles questions contemporaines, donc. Je vous le recommande fortement !

Peut-on se remettre d'un tel film ?

En bonus : la chanson du générique, qui arrache des larmes même au coeur de pierre.

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