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Du côté de Clio

Poésies

5 Avril 2015, 14:17pm

Poésies

"La mère, n’est-ce pas un long baiser de l’âme ? / Un baiser qui jamais ne dit non ni demain ?" (La mère et le fils)

Poésies, par Marceline Desbordes-Valmore (édition de 2012)

Aujourd'hui, qui connaît Marceline Desbordes-Valmore ? Personne. Ou presque. Pourtant, qui a déjà entendu parler de Lamartine ? De Chateaubriand ? De Hugo ? De Musset ? Beaucoup de monde. Leur point commun ? Le romantisme. Eh bien oui, le romantisme français ne naît pas avec Lamartine et ses Méditations poétiques en 1820, mais bien un an plus tôt avec l'oeuvre poétique de Marceline Desbordes-Valmore. Née en 1786 et morte en 1859, elle a connu une vie de souffrance. Après une enfance heureuse à Douai, la Révolution pousse sa famille dans les dettes, et sa mère part en Guadeloupe. Quelques années plus tard, elle y meurt de la fièvre jaune et Marceline doit rentrer seule en France. Elle entre dans un théâtre, puis plusieurs, elle est reconnue, elle rencontre Henri de Latouche, son amant, avec qui elle a deux enfants. Puis Prosper Valmore, qu'elle épouse, et qui lui donnera trois enfants. De ces cinq enfants qu'elle eut, un seul lui survivra. Elle n'aura de cesse de chanter sa profonde tristesse et son amour pour eux tout au long de sa vie poétique. Elle leur dédiera certains poèmes, comme Inès. Marceline, surnommée "Notre-Dame-Des-Pleurs" se tournera alors vers la religion comme secours ; elle en appellera à Dieu pour garder tous les siens qui sont aux cieux.

Sa poésie est belle, et injustement oubliée. Comme cela est commun aux oeuvres de femmes de lettres, bien malheureusement. C'est une poésie marquée par le cri, la douleur, l'engagement politique, c'est avant tout une poésie de l'amour et de la nostalgie. J'aime beaucoup les romantiques, et j'ai été ravie de découvrir cette poétesse. J'aime aussi beaucoup la poésie, mais j'ai plus l'habitude de piocher un poème par ci, un poème par là, plus rarement de lire un recueil entier. Ici, n'importe qui peut s'y retrouver, surtout les mères, à travers les chants vibrants d'amour que Marceline adresse à ses enfants.

Un beau receuil romantique, empreint de nostalgie et d'amour.

Extrait :

"Dors-tu ?

Et toi ! dors-tu quand la nuit est si belle,
Quand l'eau me cherche et me fuit comme toi ;
Quand je te donne un coeur longtemps rebelle ?
Dors-tu, ma vie ! ou rêves-tu de moi ?

Démêles-tu, dans ton âme confuse,
Les doux secrets qui brûlent entre nous ?
Ces longs secrets dont l'amour nous accuse,
Viens-tu les rompre en songe à mes genoux ?

As-tu livré ta voix tendre et hardie
Aux fraîches voix qui font trembler les fleurs ?
Non ! c'est du soir la vague mélodie ;
Ton souffle encor n'a pas séché mes pleurs !

Garde toujours ce douloureux empire
Sur notre amour qui cherche à nous trahir :
Mais garde aussi son mal dont je soupire ;
Son mal est doux, bien qu'il fasse mourir !"

(p.81, édition Poésie/Gallimard, préfacée par Yves Bonnefoy, 2012)

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