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Du côté de Clio

Corinne ou l'Italie

22 Avril 2015, 16:37pm

Corinne ou l'Italie

Une puissante histoire d'amour et de dévotion féminine

Corinne ou l'Italie, Mme de Staël (1807)

Oswald a perdu son père deux ans auparavant, et est désespéré. Il part en Italie et il y rencontre Corinne, la plus célèbre des italiennes, connue et célébrée pour tous les arts, mais aussi pour son indépendance. Entre les deux, à travers un regard, le coup de foudre est immédiat. S'en suit une histoire d'amour moderne et douloureuse.

Corinne ou l'Italie est un roman fleuve, assez long, voire interminable (près de 600 pages, oui...). Il est sans doute le chef d'oeuvre de Mme de Staël, écrivaine aux nombreux écrits du XIX, méconnue mais sans doute moins que Marceline Desbordes-Valmore. Mme de Staël a notamment contribué à l'essor du romantisme en France. Ce roman est une nouveauté pour l'époque car il propose une ouverture géographique car la première partie se passe en Italie, la seconde en Angleterre. L'intérêt se porte sur le premier pays, décrit dans ses moindres détails. Tout y passe, ou presque, comme on peut le constater grâce aux titres des livres : "Rome", "Les tombeaux, les églises et les palais", "Les moeurs et les caractères des italiens", "La littérature italienne", "Naples et l'ermitage de St Salvador", "Le Vésuve et la campagne de Naples". Bref, si vous voulez voyager en Italie des Etrusques à l'époque contemporaine de l'histoire, vous serez servis ! Le problème c'est que ces descriptions sont beaucoup trop longues... Beaucoup, beaucoup trop longues. Dommage, parce que le suspense est aussi très présent : on ne connaît la véritable identité de Corinne, et dès qu'on l'apprend, un autre évènement nous tient en haleine.

Cette ouverture géographique a pour intérêt de poser la trame à l'échelle internationale, comme un problème commun à toute l'espèce humaine. Ce problème est d'ordre sentimental : Corinne, femme sans doute la plus moderne et indépendante, est tombée sous le charme d'Oswald, cet anglais qui lui rappelle tant un pays qu'elle déteste. Il ne peut l'épouser car il ne sait si son père aurait consenti à son mariage. Il retournera en Angleterre, ce qui correspond à la deuxième partie du livre : la décadence totale de Corinne. Elle n'écrit plus, ne vit plus puisque son amour n'est plus. Car Corinne ou l'Italie est un livre profondément moderne : Corinne est totalement indépendante pour l'époque, elle ne veut aucun homme quand toutes les femmes passées vingt ans (ou même avant) se devaient d'être mariées et de soigner le foyer de leur mari. Elle le refuse, critique ce fait. Mais voilà, finalement, sera-t-elle assez forte face à la société ? Société vers qui se dirigent toutes ses critiques. Finalement, c'est ça qui m'a intéressé dans ce roman : une critique féministe non voilée, déjà au XIXè, et ses opposants, incarnés par différents personnages. Et puis je l'avoue, l'histoire d'amour est émouvante, j'aurais presque versé une petite larme sur les deux dernières pages.

Un roman fleuve, oui, mais terriblement touchant.

Extrait :

"Les ruines de Pompéia sont du même côté de la mer que le Vésuve, et c'est par ces ruines que Corinne et lord Nelvil commencèrent leur voyage. Ils étaient silencieux l'un et l'autre ; car le moment de la décision de leur sort approchait, et cette vague espérance dont ils avaient joui si long-temps, et qui s'accorde si bien avec l'indolence et la rêverie qu'inspire le climat italien, devait enfin être remplacée par une destinée positive. Ils virent ensemble Pomépia, la ruine la plus curieuse de l'antiquité. A Rome, l'on ne trouve guères que les débris des monuments publics, et ces débris ne retracent que l'histoire politique des siècles écoulés ; mais à Pompéia c'est la vie privée des anciens qui s'offre à vous telle qu'elle était. Le volcan qui a couvert cette vile de cendres l'a préservée des outrages du temps. [...] Les amphores sont encore préparées pour le festin du jour suivant ; la farine qui allait être pétrie est encore là : les restes d'une femme sont encore ornés des parures qu'elle portait dans le jour de fête que le volcan a troublé, et ses bras desséchés ne remplissent plus le bracelet de pierreries qui les entoure encore. On ne peut voir nulle part une image aussi frappante de l'interruption subite de la vie."

Edition Gallimard, p.299-300

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