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Du côté de Clio

Soldados de Salamina

7 Mars 2015, 18:41pm

Soldados de Salamina

Une allégorie de l'écriture et du héros

Soldados de Salamina, de David Trueba (2003)

Avec Ariadna Gil, Ramon Fontserè, María Botto, Diego Lua...
Goya de la meilleure photo (2004)

Adapté du roman éponyme de Javier Cercas, le film raconte la naissance du nouveau roman d'une écrivaine qui angoisse devant la page blanche. Ce livre va lui permettre d'étudier et de mener son enquête sur la guerre d'Espagne et de rencontrer des personnes qui y ont participé. Elle va notamment enquêter sur le personnage de l'écrivain Rafael Sánchez Mazas, fondateur de la phalange. Drôle d'enquête, pensent certains. Elle-même ne sait pas, au début, pourquoi elle la mène.

Soldados de Salamina est un film intéressant pour beaucoup de raisons : il permet une réflexion sur l'écriture et sur l'Histoire, et surtout, il permet de contre balancer la représentation commune de la guerre d'Espagne à travers le cinéma et la littérature : les Républicains sont toujours les victimes. Oui, je suis tout à fait d'accord, ils sont les cruelles victimes de cette guerre horrible et de ce qui a suivi, qui les a poussés à l'exil. Mais dans toute guerre, il faut cependant nuancer : les victimes ont aussi commis des crimes, c'est la définition même d'une guerre. Ici, on nous montre un massacre qui a eu lieu peu avant la fin du conflit en 1939, où des Républicains ont massacré des Nationalistes au sanctuaire de Collell. Deux ont réussi à fuir ; un a été découvert par un Républicain, qui l'a laissé s'enfuir. Pas n'importe quel Nationaliste : le fondateur même de la phalange. Gros débat. Captivant. Et ce débat qui constitue le fil rouge du film est nourri par l'alternance entre images de fiction et images d'archives, ce qui lui confère une autre portée. Finalement, le vrai fil rouge de l'intrigue est la figure du héros ; qu'est-ce qu'un "héros" ? "Les héros sont ceux qui ne sont plus", dit le dernier rescapé des tueurs de ce massacre, Mirailles. Mais un héros, c'est peut-être aussi celui qui est capable de laisser la vie sauve à celui qui a mis en marche la terrible machine infernale qui ne se terminera qu'en 1975 avec la mort de Franco. Et ce héros qui, ensuite, avec le général Leclerc, libèrera Paris du joug allemand.

La narration se fait un peu rapidement, tout s'enchaîne très vite ce qui d'une part nous tient en haleine mais qui d'autre part tombe parfois dans la facilité : d'une personne, la protagoniste parvient à une autre un peu facilement, mais cela est presque inévitable dans une enquête qui doit contenir dans deux heures de film. Pardonné ! Les acteurs ne sont pas mauvais, même si la réalisation n'a ensuite rien de vraiment exceptionnel.

Un très bon film qui inverse les codes et qui propose une grande leçon d'humanité.

Je vous laisse aussi un extrait d'un passage clé du film, très émouvant.

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