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Du côté de Clio

La Tirisia

22 Mars 2015, 21:47pm

La Tirisia

"Cantar en el desierto" (Cristina Peri Rossi)

La Tirisia, de Jorge Pérez Solano (2014)

Avec Gustavo Sánchez Parra, Adriana Paz, Noé Hernández, Gabriela Cartol...
Présenté en compétition officielle de Cinelatino 2015

Angela et Cheba sont enceintes de Silvestre, qui est aussi le beau-père d'Angela. Cheba est la première à accoucher et se doit de cacher l'enfant avant l'arrivée de son mari, parti gagner quelques sous aux Etats-Unis. Angela supporte les assauts de Silvestre devant sa mère qui ne dit mot...

La Tirisia est un film lent, un peu long mais d'une durée nécessaire. Le silence est pesant puisqu'il existe une absence de communication totale entre tous les protagonistes ; sauf pour cet homme, très proche de Cheba, on ne sait pas si c'est son fère, son cousin, son ami, mais il lui porte la voix de la sagesse. La trame de départ est simple mais complexe depuis l'angle psychologique : les femmes sont obligées de choisir entre leur enfant ou leur conjoint pour pouvoir maintenir la famille. Cheba accouche d'un enfant qui n'est pas celui de son mari, et Angela ne semble pas apprécier la compagnie de Silvestre ; sa mère, de plus, lui refuse la garde de l'enfant à naître et souhaite la mettre dehors.

Dans ce film, tout est lent, suggéré, en douceur. Parfois, on voit des choses qu'on aimerait ne pas voir, comme cette scène d'accouchement. La progression se fait subjectivement à travers la métamorphose totale de ces deux femmes devant leur amant et mari qui ne semble rien comprendre. Seul un homme, montré comme homosexuel, parvient à trouver la Voix. Les acteurs sont très bons, on retrouve bien là la veine de ces films latino-américains ancrés dans la montagne ou perdus dans le désert, aux protagonistes seuls face à tout le reste de l'humanité. Pourtant, malgré tout, le portable sonne quelques fois et la Play est installée sur la TV. Quelques clowns passent pour insuffler un peu de vie à cette bourgade si peu vivante que le prétendant aux élections s'en va quand il compte le nombre de présents à son meeting. Le sel, que la famille d'Angela cultive, peu servir de métaphore : le film se cristallise peu à peu autour de ces figures de femmes seules face à leur choix difficile, choix qu'ont du faire tant d'autres femmes qui ont aidé le réalisateur lors de la documentation préalable au film.

Peri Rossi parle de la voix des femmes en disant qu'elles "chantent dans le désert". Oui, ici, leur voix ne compte pas alors qu'elles prêchent leur liberté.

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