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Du côté de Clio

Freaks

6 Mars 2015, 22:15pm

Freaks

"One of us"...or not : une formidable leçon de tolérance

Freaks, de Tod Browning (1932)

Avec Harry Earles, Leila Hyams, Olga Baclanova, Henry Victor...

Freaks est un petit film (il ne dure qu'une heure) ou plutôt un petit bijou. Il nous donne à voir la vie d'un cirque aux personnages particuliers, tous "freaks", c'est-à-dire monstrueux : deux soeurs siamoises, un homme sans membres à qui il ne reste que le tronc et la tête, un cul-de-jatte... Et deux nains. Et une femme qui semble plutôt "normale", Vénus, l'archétype de la féminité parfaite ; mais dès le début, on comprend que c'est elle qui attire tous les curieux au cirque pour s'épouvanter devant le plus affreux des monstres (le film n'est en effet qu'un flashback). Sa "normalité" intérieure cache en réalité une inhumanité qui la conduira à être la vedette du cabinet des curiosités (qui attire toujours autant de monde, puisque les gens qui sortent de la norme intriguent, comme nous le montrera plus tard la scène de présentation du sauvage dans L'Enfant sauvage). Vénus va en effet profiter de la faiblesse de Hans, le nain.

J'ai beaucoup aimé ce film. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en allant le voir, bien que l'envie me tiraille depuis quelques temps. Finalement, Freaks offre une réelle leçon de tolérance et permet d'inverser les préjugés que l'on peut avoir sur les "a-normaux". J'ai beaucoup aimé le personnage de Cléopâtre, la fiancée de Hans qui se voit devancée par la profiteuse Vénus ; elle aimera encore et toujours son Hans. Je comprends que ce film ait pu être interdit lors de sa sortie : imaginez, dans les années 30, montrer l'humanité des monstres ; impensable ! Pourtant le film est bien tourné, possède une histoire et un arguments solides. Et puis il est drôle ! Pas hilarant, non, mais tout de même drôle ! J'ai apprécié cette multiplicité des registres : du comique (ou plutôt de l'ironique), Freaks bascule dans le drame avant de sombrer dans le film d'épouvante. Et de revenir au cinglant cynisme (incroyable avant-dernière scène). Et puis, il y a tout de même cette incroyable réflexion sur l'altérité : pourquoi sommes-nous inévitablement gênés par ces êtres montrés devant la caméra ? Peut-être parce qu'ils nous rappellent que notre humanité est bancale et que oui, " si le hasard l’avait voulu" on aurait pu "être l’un d’eux. Ils n’ont pas demandé à naître, mais ils sont nés, ils vivent. Ils ont leurs codes, leurs lois." Oui, ça aurait pu être nous. Et finalement, je vous pose une question : qui sont réellement ces "freaks", ces "monstres" ? Eux ou nous, qui cachons tous les vices de l'humanité sous notre croûte de "normalité" ?

Freaks : "l'enfer, c'est les autres". L'enfer, c'est nous.

"Freaks" est l'un des classiques de Héloïse Letissier, alias Christine and the Queens, qui s'est d'aileurs tatouée la devise du film sur ses deux avant-bras. Chapeau !

"Freaks" est l'un des classiques de Héloïse Letissier, alias Christine and the Queens, qui s'est d'aileurs tatouée la devise du film sur ses deux avant-bras. Chapeau !

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