Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Du côté de Clio

Respire

14 Février 2015, 23:10pm

Respire

Mélanie Laurent : sacralisée.

Respire, de Mélanie Laurent (2014)

Avec Joséphine Japy, Lou de Laâge, Isabelle Carré...
Présenté à la Semaine de la critique lors du festival de Cannes 2014

Charlène, ou Charlie comme tout le monde l'appelle, est en terminale : bonne élève, elle a des soucis dans sa famille, avec un père qui trompe sa mère et qui devient de plus en plus violent face à celle qui le pardonne toujours. Un jour arrive une nouvelle élève, Sarah, et très vite Charlie et Sarah deviennent inséparables ; Charlie oublie sa meilleure amie et part en vacances avec la nouvelle venue. Mais celle-ci commence alors à avoir un comportement étrange et à être mauvaise envers Charlie. Très vite, tout va déraper et tourner en sordide manipulation...

Je viens de voir ce film, et je vais avoir du mal à en parler... J'adore Mélanie Laurent depuis que je l'ai découvert en 2006 dans Je vais bien, ne t'en fais pas, ce film magnifique de Philippe Lioret qui m'a donné envie de découvrir et d'aimer le cinéma français. Sa fragilité doublée à sa force d'interprétation m'avaient, il y a près de 10 ans, profondément touchées. Depuis, je la suis ardemment ; en 2011, elle a réalisé son premier film, Les Adoptés, qui m'a arraché de nombreuses larmes ; une histoire sublime et très émouvante. Pour son deuxième film, Mélanie Laurent reste dans un univers féminin et adapte le roman éponyme d'Anne-Sophie Brasme qu'elle avait lu en 2001 pendant ses années lycée et qui l'avait profondément marqué. Et autant dire que c'est une réussite.

Il y a des films comme celui-ci, chacun a pu le constater au moins une fois dans son aventure cinématographique, qu'il faudrait arrêter avant la fin. Respire m'a profondément touché en partie à cause de mon vécu (même si non, je n'ai jamais subi de harcèlement scolaire), mais aussi à cause de l'actualité, puisqu'on parle de plus en plus du harcèlement scolaire qui touche 10% des écoliers et collégiens (!). Ici, ce harcèlement est poussé à l'extrême...et en devient révoltant. Et la fin m'a profondément marquée, trop profondément. Vous l'aurez compris, j'ai trouvé ce film très bon. Je n'ai voulu entendre aucune critique avant sa sortie, et j'ai vite oublié celles que j'ai pu saisir avant de le voir ; tant mieux. Il m'a bluffé dès la première séquence qui est excellente : le réveil de Charlie sonne, elle sort de son lit, descend prendre son petit déjeuner où sa mère et son père s'enguelent sans cris sous un soleil éclatant qui offre un curieux contraste. On découvre la tête de Charlie deux minutes après le début du film, quand elle repose le bol de lait qu'elle tenait à ses lèvres. Comme une métaphore de tout le film : jamais on ne la percevra réellement, jamais on ne comprendra sa réaction. D'autres scènes sont sublimes ; tout le film est parfaitement soigné dans une nostalgie que Mélanie Laurent avait déjà montrée dans son premier long-métrage. Les actrices sont excellentes ; je ne suis pas particulièrement fan de Lou de Lâage (encore moins après ce film parce qu'il est dur de se détacher de son personnage) mais je reconnais qu'ici, elle est extra. Rien à dire non plus pour Joséphine Japy, dans un registre aux antipodes de sa comparse de jeu. Mélanie Laurent n'est pas seulement une bonne actrice ; c'est aussi une excellente directrice d'actrices. Quant à l'histoire, même si elle n'est pas d'elle, la jeune réalisatrice a tout de même réussi à filmer le monde cruel des lycéens avec une justesse et une rage incroyables. Respire, c'est un peu ce que l'on ressent quand le générique apparaît. Promis, à présent que j'ai fini ma critique, je vais aller voir celle de Télérama, bien que je sais qu'elle sera mauvaise : nos avis sont toujours totalement contraires sur les coups de coeur.

Une parabole magnifique de Mélanie Laurent (qui devrait avoir une portée pégagogique) sur la perversion narcissique et le harcèlement chez les adolescents.

Commenter cet article