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Du côté de Clio

AIME et fais ce que tu veux

23 Janvier 2015, 08:23am

AIME et fais ce que tu veux

Peut-on prendre cet aphorisme de Saint-Augustin à la lettre ?

AIME et fais ce que tu veux, de Malgorzata Szumowska (2013)

Avec Andrzej Chyra, Mateusz Kosciukiewicz, Lukasz Simlat...
Teddy Award du meilleur film lors de la Berlinale 2013

Adam, la quarantaine, est un prêtre charismatique et apprécié qui arrive dans une petite bourgade depuis Varsovie d'où il vient d'être transféré. Il est alors chargé des offices, mais aussi de s'occuper du pensionnat pour jeunes garçons difficiles. Peu à peu, il va susciter des jalousies, des doutes, et il devra lui aussi vaincre ses propres doutes.

C'est le second film polonais que je critique dans ce blog, après Ida. Il est frappant de constater que ces deux films parvenus en France parlent de religion, d'amour et du doute produit par ces deux sentiments a priori antagoniques. J'avais beaucoup aimé Ida, j'ai moins aimé celui-ci. "Aime et fais ce que tu veux", d'après Saint Augustin. Tout est dit dans le titre : en étant prêtre, il est difficile d'aimer, même si l'impératif nous l'impose, et surtout difficile d'aimer les garçons. Le film est assez contemplatif, et fais appel à notre intelligence, puisqu'il laisse des pistes en suspend avant de revenir dessus, ou de ne pas y revenir. A nous d'imaginer, de réfléchir. La violence est latente, sans être toujours frappante : les jeunes ados en insultent d'autres de "juifs", un autre provoque le suicide d'un camarade à cause de son homosexualité qu'il ne voulait pas révéler... J'ai aimé le jeu de masquage de soi par le prêtre qui a peur que les autres découvrent qu'en réalité il aime les ados dont il doit s'occuper ; lui même a peur de se le révéler, alors que sa soeur ne veut pas le croire quand il lui annonce avec quelques verres de trop, et que l'Eglise le sait, mais le cache car sa foi et son dévouement sont exemplaires. La seule réponse est alors le transfert, le reniement, encore et toujours. Mais on ne peut pas fuir de soi, ça Adam l'a bien compris. J'ai beaucoup aimé certaines scènes, et plus particulièrement celle où le prêtre, qui vient de boire une demi bouteille à grandes gorgées, s'affale sur le portrait de Benoît XVI et se met alors à danser avec lui.

Mais le film est lent, se traîne un peu, il m'a laissé une sensation d'inachevé. Peut-être qu'elle se trouve dans cette sobriété, qui n'est pas tellement habituelle dans ce genre de film sur l'amour impossible. Pas de passion profonde et exaltée sur l'écran, mais plutôt une pudeur intense, même si la rencontre et l'attirance des deux hommes se fait de manière un peu "cliché".

Un film déroutant qui m'a laissé sur ma faim.

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