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Du côté de Clio

The Tribe

21 Octobre 2014, 20:59pm

The Tribe

Une expérience cinématographique d'une violence sans limite

The Tribe, de Myroslav Slaboshpytskiy (2014)

Avec Grigoriy Fesenko, Yana Novikova, Rosa Babiy...
Grand prix de la semaine de la critique à Cannes 2014

Ecrire sur ce film va être une tâche ardue... Surtout à chaud (quoique à froid aussi...). J'en avais entendu parler, mais on ne m'avait pas dit qu'il était aussi violent. J'avais envie d'aller le voir parce que c'est un film sans parole, tourné en langue des signes, ce qui me semblait être une très belle expérience. Et ce le fut ! Un jeune homme arrive dans un pensionnat pour sourds-muets et subit le typique bizutage (racket, vols avec violence, prostitution, humiliation...). Il parvient à gravir les différentes étapes en se pliant aux violences demandées. Mais ça commence à tourner au vinaigre (pour lui, parce qu'auparavant la mayonnaise avait déjà monté), dès qu'il tombe amoureux. Aïe ! Aïe...

Le film est très intéressant d'un point de vue cinématographique. Il est donc tourné sans mot, en langue des signes, ce qui peut dérouter de prime abord, surtout quand on entend la respiration de son voisin ou le gargouillement du ventre de sa voisine tout du long. Mais cette absence de mot devient très intéressante, puisqu'on se focalise sur autre chose : le temps passe vite, on est pris dans l'histoire, sauf à la fin où on aimerait que tout s'achève...viiite ! C'est comme un retour au cinéma muet... revisité. On entend les sons (assez violents) : les portes qui claquent, les coups et les gifles qui coulent à flot... Mes attentes ont été parfaitement comblées sur ce point là, j'ai été ravie de cette expérience de cinéma sans mot, mais où l'on parvient à comprendre. Pas tout, certes, l'essentiel, même si quelques faits nous échappent. Peu importe, la globalité du film est perçue, l'essentiel est là. Le plus déroutant, ce serait peut-être la fin : le film s'achève, on attend le générique avec la typique musique, sauf que non, silence total.

Sur le fond... "La curiosité est un vilain défaut", dit-on. Je l'ai vérifié ; j'ai pris un chemin que j'aurais peut-être préféré ne pas prendre. La violence est latente à tout moment dans le film, dans ce pensionnant miteux où l'humanité semble être exclue. Vers la fin, ça devient même insoutenable ; je vous dis tout (ou presque) : ça commence par un ado qui se fait écraser par un camion qui recule parce qu'il ne l'a pas entendu (cruel ; sans un mot, sans un cri, sans une larme, et hop ! on passe à autre chose), puis ça continue par une scène d'avortement épouvantable, tournée en temps réel, donc pendant 5 bonnes minutes (la femme a tellement mal qu'elle arrive à pleurer en poussant des gémissements) (scène passée les yeux derrière mes mains, donc, en entendant les gémissements de ma voisine), puis par un viol (après les scènes de sexe vues auparavant, ça passe, on commence à y être habitués...), puis avec un passage à tabac, puis par deux autres passages à tabac horribles (passés les yeux derrière mes mains, vous l'avez compris, mais où les bruits étaient suffisamment effroyables) où je me suis dit : STOOOP !! Ouffff, le film est fini... Je suis sortie de là complètement sonnée, ma voix avait changé, et je me suis demandée : mais pourquoi tant de violence ?? L'amour, l'amour est le fil rouge du film, ce à cause de quoi tout dérape, l'amour impossible. "Pour moi c'est un film sur l'amour, la seule raison de vivre et le seul moyen de devenir meilleur", Myroslav Slaboshpytskiy. "Devenir meilleur"... Pas sûr que dans cette histoire quelqu'un soit devenu meilleur, ou alors j'ai raté quelque chose... Certes, je vois ce film comme un récit d'apprentissage ; mais comment se (re)construire après tout cela ??!!!

Cependant, je reconnais une chose : ce film est puissant. Il parvient à nous transmettre un flot d'émotions sans aucune parole. Les émotions sont universelles, tout le monde peut les éprouver. Pour ce film il nous suffit d'avoir des yeux, et un coeur. Les scènes sont intéressantes, mais certaines un peu trop chorégraphiées : celles de bagarres ressemblent plus à de la danse qu'à des scènes de lutte. La caméra donne parfois le tournis : les personnages ne parlent pas, donc impossible de nous faire entendre une voix hors du champ : la caméra suit tous les personnages, au millimètre près souvent. J'aimerais conclure en disant que même si on m'avait dit que ce film était violent, je serais allée le voir. J'ai déjà vu des films qui m'ont traumatisé (je les ai vus trop tôt...), et je n'ai plus peur de rien. Ma curiosité aurait tout emporté, et j'y serai allée ; j'aurais peut-être été mieux préparée, mais je ne regrette pas de l'avoir vu parce que ce fut une vraie expérience...éprouvante sur la fin.

Âmes sensibles s'abstenir pour ce film fort et passionnant sur sa forme.

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