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Du côté de Clio

Caníbal

3 Octobre 2014, 07:38am

Caníbal

Une très belle prestation d'Antonio de la Torre dans ce film sobre et énigmatique

Caníbal, de Manuel Martín Cuenca (2013)

(Amours cannibales)

Avec Antonio de la Torre, María Alfonso Rosso, Olimpia Melinte...
Présenté en compétition officielle du festival de cinéma espagnol de Toulouse, Cinespaña

Caníbal est en compétition officielle de Cinespaña ; de ceux que j'ai vu jusqu'à présent, c'est le plus accessible, et le plus ressemblant au cinéma que l'on a l'habitude de voir. Il sortira sur les écrans français le 17 décembre. Carlos est un tailleur très réputé de Granada, tranquille, qui ne cause pas de problèmes, fait bien son travail et est célibataire depuis longtemps. Mais il a un autre visage, beaucoup plus horrible : il tue des femmes pour les manger, et garde les morceaux de viande dans son frigo, avant de les manger avec uniquement un verre de (bon) vin. Il change quand une femme, Nina, vient le voir car elle cherche sa soeur, Alexandra, sa voisine du dessus...

Le film commence par la prise de vue de loin, dans la nuit, d'une station service ; on comprendra par la suite que l'on voyait à travers les yeux de Carlos, qui observait sa future proie. Par la suite, il sera très difficile de parvenir à entrer dans ses pensées, tant il semble mystérieux et hermétique. On ne saura jamais pourquoi, ni comment, il a sauté le pas et commencé à manger de la chair humaine, de femmes exclusivement. Antonio de la Torre, qui incarne ce monstre tranquille, est excellent : il parvient à nous transmettre toute cette folie du personnage à travers une force pourtant très paisible. L'apparente sérénité de Carlos devient même totalement dérangeante...

Quant à la photographie, j'ai adoré, clairement. La lumière est très soignée, les corps et les personnages mis en relief. Si vous avez peur de voir du sang, ne vous en faites pas, il n'y en a pratiquement pas ; la scène, de ce point de vue, la plus "horrible" est au début : Carlos vient de propulser la voiture d'un couple dans un fossé, récupère la femme, l'apporte dans sa maison dans la montagne, la tue : un filet de sang coule par terre, avec un son qui donne la chair de poule. Psychologiquement, la scène qui m'a le plus marquée est au bord d'une plage, quand Carlos traque une femme dans l'eau, la nuit tombe, elle reste dans l'eau, lui sur la plage, les pupilles écarquillées, il attend patiemment. Cette image de prédateur résigné et implacable m'a beaucoup marquée...

Finalement, ce qui m'a le plus intéressé dans ce film (dont j'attendais plus, je le reconnais), c'est que le cannibalisme n'est pas le sujet principal du film, mais plutôt un prétexte. Ce qui intéresse le plus le réalisateur serait plutôt les mécanismes qu'emploit Carlos pour parvenir à ses fins ; mécanismes qui se retrouvent anéantis suite à l'apparition de Nina. Par ailleurs, cette soeur va mettre en branle toutes ses petites habitudes et le pousser à aller vers quelque chose qu'il ne connaît pas, ou qu'il ne connaît plus. Là se trouve peut-être l'intérêt du film, dans cette mise en difficulté, filmée à travers une caméra plutôt contemplative.

Un cannibale qui montre aussi un côté humain, dans un film dont j'attendais un peu plus.

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