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Du côté de Clio

Stockholm

1 Septembre 2014, 11:45am

Stockholm

Un film espagnol qui montre les prouesses dont est capable le cinéma contemporain à petit budget

Stockholm, de Rodrigo Sorogoyen (2013)

Avec Javier Pereira, Aura Garrido...

J'avais déjà vu Stockholm il y a quelques mois lors du Festival de Cinéma espagnol de Toulouse "Cinespaña", et il m'avait captivé. L'industrie du cinéma en Espagne est en crise, et ce petit film montre le génie de jeunes réalisateurs qui sont capables de faire un film merveilleux avec très peu de moyens. Ce film a d'ailleurs été entièrement financé par "crowdfunding", c'est-à-dire entièrement par des internautes qui ont décidé de miser sur lui. Il a ensuite eu un franc succès, et a même été candidat aux Goyas, l'équivalent espagnol des Césars. 

Une femme est un homme se rencontre dans une fête, et l'homme poursuit la femme ensuite dans les rues de Madrid pour tenter de la séduire. Elle semble ne pas se laisser faire, puis cède. Alors que le film se passait dans la nuit et dans une ambiance sombre jusqu'à présent, il se poursuit, à partir de la moitié, dans une lumière vive et le blanc immaculé de l'appartement. Blanc, trop de blanc. Stockholm est très intéressant par cette coupure radicale qui produit deux films en un seul ; dans la deuxième partie, l'homme résiste et rejette la femme, parfois violemment. Les deux personnages n'ont pas de nom. La violence est latente, et on comprend que la femme a de lourds problèmes psychologiques ; elle s'apprête d'ailleurs à lui livrer ses secrets quand le téléphone de l'homme sonne.

Vous l'aurez compris, il n'y a que deux acteurs principaux, et quels acteurs ! Javier Perreira a d'ailleurs obtenu le prix pour le meilleur acteur révélation aux Goyas, et il le mérite largement. Les deux sont magnifiques, justes ; Aura Garrido est un espoir du cinéma espagnol. J'ai à nouveau adoré ce film, dont je me souvenais plutôt bien, ce qui m'a permis de ne pas sursauter lors de certaines scènes comme la première fois. Certaines sont magnifiques, comme cette fuite de la femme dans l'escalier pendant que l'homme la poursuit avec l'ascenseur, la saisit en bas et la ramène contre lui, avec une caméra au ralenti, sous un fond de musique classique. Ou cette autre devant la glace de la salle de bain, blanche, avec vue sur les toits de Madrid, où la femme se découpe en deux, et où elle fait comme si une partie d'elle la répugnait.

Le film mise surtout sur les dialogues pour son succès, et il faut dire qu'ils sont bien réussis, pour un mélange de sourires et de larmes. La fluidité des paroles, la rapidité des réponses, les échanges de regards profonds font de ce film une pure pépite de cinéma contemporain. Enfin, il pose des questions sur les rapports hommes-femmes d'aujourd'hui ; elle insiste pour ne rien avoir avec lui, qui devient lourd et pesant ; ils finissent chez lui, mais elle refuse de l'embrasser ; il la poursuit, et ils finissent par coucher ensemble. Le lendemain, elle lui dira qu'elle ne voulait pas le faire, et l'obligera à faire des choses que lui ne veut pas faire ; que se passe-t-il alors quand c'est l'homme qui se trouve piégé ? Je ne vous donne pas la fin ; je sais qu'elle a fait polémique.

Stockholm, un film magnifique qui nous pousse à rester constamment en alerte. Une bonne expérience de cinéma !

Je suis désolée, la bande-annonce est en espagnol parce que le film n'est pas sorti en France...

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