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Du côté de Clio

Sils Maria

6 Septembre 2014, 19:46pm

Sils Maria

"Le théâtre est une réinterprétation de la vie plus vraie que la vie" : réplique de Valentine qui colle tellement bien à ce film

Sils Maria, d'Olivier Assayas (2014)

Avec Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloë Grace Moretz...
En compétition officielle du Festival de Cannes 2014

J'ai adoré Sils Maria dès le début, dès cette première scène où Kristen Stewart est ballotée dans un train, harcelée par les appels téléphoniques, la caméra la perd même de vue pendant une seconde. Kristen Stewart, incarnant Valentine, aux antipodes de Twilight, magnifique en jeune assistante ultra compétente, discrète et super classe. Juliette Binoche est Maria, une actrice reconnue et demandée, qui part en Suisse pour retrouver celui qui lui a offert son premier rôle au théâtre, celui qui l'a révélé ; mais en chemin, alors qu'elle doit lui rendre hommage, elle apprend que ce sera plutôt un hommage posthume, puisqu'il vient de mourir. On lui propose de suivre le souhait du défunt ; elle rejouera sa première pièce, dans laquelle elle incarnait une jeune fille qui séduisait une femme mûre, la poussant au suicide. Oui, mais cette fois, elle incarnera la femme mûre, alors que la jeune femme sera incarnée par une starlette qui affole les tabloïds, comme on en connaît tant...mais que Maria ne connaît pas puisqu'elle habite le passé.

J'ai trouvé Sils Maria très intéressant pour les thèmes qu'il aborde ; le temps qui passe, la passion, le métier d'acteur passé 50 ans, la célébrité, la réflexion sur le personnage qui habite un acteur... Ce film présente une mise en abyme très intéressante, puisque les répliques que récite Maria à son assistante Valentine semblent être écrites parfaitement pour elles ; on est perdu entre les personnages de la pièce et les personnages du film, la frontière s'étendant aux actrices mêmes comme l'a suggéré la une du magazine Interview (coup de pub, je vous l'accorde !). Maria vit dans ce rôle qu'elle a joué il y a bien des années, qu'elle n'arrive pas à quitter comme elle n'arrive pas à accepter les réflexions intelligentes et contraires de son assistante. Les paysages sont magnifiques, et certaines scènes très intéressantes ; comme celle où Valentine revient d'une soirée au lac de Côme, alcoolisée, voire plus, où les images de la route sinueuse se superposent à une jeune femme au volant, malade, quand le jour se lève, sous un fond sonore de musique barée. Ou encore celle où elles partent toutes les deux, dès l'aube, pour voir le fameux "snake", le serpent que forment les nuages en se déversant dans la vallée ; là, la symbolique est magnifique. J'ai moins aimé la fin, ce qui suit le "snake" justement, j'aurais préféré que le film s'arrête là pour garder toute sa magie...mais la suite est beaucoup plus noire et aurait manqué au film. Tout du long, chaque mot, chaque image, tout est pesé ; le scénario est en béton armé et il faut sans doute le revoir pour apprécier toute sa symbolique ; je sais qu'il me perturbera encore pendant quelques jours. Il demande une participation active du spectateur, qui se retrouve complètement perdu et désorienté, troublé par ces deux femmes que tout oppose, mais qui sont liées par une grande complicité. J'ai franchement adoré ce film, et dans quelques temps, je tenterai de le revoir ; quelque chose m'a échappé, il est tellement riche...

Un film intelligent, dense, intéressant, et passionnant, avec deux actrices épatantes.

Je tiens à vous préciser que la bande-annonce est traitre car elle joue aussi sur la confusion entre personnages du thèatre et personnages du film... Mais c'est ça qui rend ce film si passionnant !

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