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Du côté de Clio

Hermosa juventud

28 Septembre 2014, 15:13pm

Hermosa juventud

Une descente dans la dure réalité espagnole contemporaine

Hermosa juventud / La belle jeunesse, de Jaime Rosales (2014)

Avec Ingrid García-Jonsson, Carlos Rodríguez, Inma Nieto...
Présenté dans la catégorie "Un certain regard" de Cannes 2014
Présenté en compétition officielle de Cinespaña 2014

Hermosa juventud, ou La belle jeunesse, est présent cette année au festival de cinéma espagnol de Toulouse, Cinespaña, en compétition officielle, et sortira dans les salles françaises en décembre 2014. C'est un film comme le cinéma espagnol de maintenant sait produire, sans beaucoup de budget, mais avec une histoire et une originalité qui serrent les tripes. Natalia et Carlos vivent à Madrid, en 2014, ils s'aiment, mais ils souffrent de plein fouet la crise, comme beaucoup trop de jeunes espagnols actuellement. Ils tentent de trouver du travail ; Natalia dépose des CV que personne ne veut, alors que Carlos travaille pour toucher 10€ par jour. Un jour, elle tombe enceinte, et décide de garder l'enfant, malgré l'avis contraire de sa mère, femme séparée, seule à travailler pour nourrir les 5 bouches de sa maison.

Je ne vous le cache pas, c'est un drame, pur et dur. Mais là où il aurait pu sombrer dans le pathos, le film s'arrête, une seconde avant la catastrophe : comme quand Carlos et Natalia se retrouvent chez un producteur porno, ou quand Carlos et ses acolytes décident de régler son compte à un gars qui l'avait auparavant attaqué, ou encore quand il veut dire à Natalia ce qu'il s'est passé. Le drame se noue dans les paroles, dans cette vision de la crise qui broie ces jeunes sans leur laisser aucun espoir, aucune échappatoire. L'une des scènes les plus représentative est quand la mère de Natalia vient la réveiller, à 14h, et qui lui dit : "Natalia, t'as vu l'heure qu'il est ? Qu'est-ce que tu fous encore au lit ??" "Je n'ai rien à faire." C'est peut-être parce qu'elle n'a rien à faire, pour trouver un sens à sa vie, qu'elle décide de garder son bébé, alors qu'elle ne peut pas lui offrir ce dont il a besoin, si ce n'est de l'amour, ce qui est le plus important... La caméra n'est pas là pour juger ces jeunes, juste pour nous donner à voir ce que (j'insiste beaucoup) bien des jeunes espagnols sont obligés de faire actuellement pour survivre ; si ce film est une fiction, il s'inspire inévitablement sur cette société espagnole d'aujourd'hui.

Les acteurs sont géniaux, et la réalisation très intéressante : à un moment, l'image bascule, se retourne, là où se noue le drame, où Carlos se fait presque égorger un soir après une fête. Les réseaux sociaux sont aussi insérés : une grosse ellipse se fait sur la grossesse et la naissance de la petite fille, que l'on voit à travers les messages et les photos de WhatsApp, entre deux parties de jeux sur le téléphone. Skype est aussi de la partie. C'est une nouvelle façon originale de raconter des histoires, et de s'insérer au coeur même de la jeunesse actuelle, avec ses codes, et son désespoir.

Un film noir d'une terrible réalité pour montrer la société espagnole contemporaine, frappée par la crise.

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