Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Du côté de Clio

Artico

29 Septembre 2014, 21:00pm

Artico

Une plongée dans l'enfer....

Ärtico, de Gabriel Velázquez (2014)

Avec Víctor García, Juanlu Sevillano, Débora Borges...
Présenté en compétition officielle de Cinespaña 2014
Grand gagnant de Cinespaña 2014 : Prix du jury étudiant, Prix de la meilleure photo, Prix de la meilleure musique, Violette d'or

Ärtico est un film beau, oui, mais dur et difficile à saisir. Il nous montre deux jeunes garçons, comparses, venant d'un quartier pauvre de Salamanque, qui tentent de survivre par de petits délits. L'un a été père à 16 ans mais continue à roder, comme si de rien était, et est récriminé par la famille qu'il n'accepte pas, alors que l'autre, Jota, tente de maintenir sous son joug sa copine qu'il a mis enceinte...

Ärtico est tourné de façon tout à fait intéressante, avec beaucoup de plans fixes qui laissent les personnages se mouvoir d'un bout à l'autre de l'objectif ; parfois ils s'arrêtent, observent, avant de repartir. La caméra ne se rapproche jamais d'eux, sauf pour quelques gros plans qui nous obligent à les observer, droit dans les yeux, pour les sonder alors qu'ils nous interrogent. Il n'y a quasiment pas de dialogues, juste des gestes, parfois primaires ou machistes, toujours violents : Jota va chercher sa copine chez le médecin alors qu'elle est prête à avorter, l'oblige à s'enfermer dans une maison alors qu'elle veut en sortir. Lui par contre est heureux d'annoncer à sa mère, en prison, grâce à des balles de tennis remplies de petits mots, remplaçant les pigeons qu'il tue, qu'elle va être grand-mère. Le fond sonore est angoissant et procure une expérience auditive ; en fermant les yeux comme les deux jeunes, nous pouvons nous aussi entendre le gallot du cheval que produit l'homme avec ses mains...

Alors Ärtico est avant tout un film dur, mais tout de même pas dans la longueur, difficilement soutenable parfois. Avant tout, l'ambiance est pesante, les jeunes expriment leur violence. Mais là où le film bascule, c'est à la fin, évidemment. Il y a peu, j'ai vu Hermosa juventud (lui aussi présent en compétition du festival de cinéma espagnol de Toulouse, Cinespaña) qui parle aussi de la jeunesse, de la crise de façon beaucoup moins voilée, sans allusion. Ici, tout est dans le sous-entendu même si la copine de Jota dit qu'il n'est "bon à rien, même pas à travailler". Ärtico est plus contemplatif, il tend vers un nouveau cinéma qui nous présenterait une histoire fortement ancrée dans la réalité contemporaine, avec des personnages qui pourraient être n'importe qui que l'on connaît...finalement, la caméra ne se rapproche peut-être pas assez des personnages pour cette raison, pour donner une certaine universalité. Tout comme Hermosa juventud, l'espoir de s'en sortir est faible... Deux films qui traitent du même thème, mais de façon totalement différente. 

Ärtico, un film plutôt froid, tourné de façon ingénieuse, terriblement réel.

La bande annonce m'avait beaucoup intriguée...

Commenter cet article