Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Du côté de Clio

Muchacha en azul

17 Août 2014, 17:22pm

Muchacha en azul

Un passionnant et émouvant roman de Silvia Molina

Muchacha en azul, de Silvia Molina (2001)

Hilda est une jeune mexicaine que sa demi-sœur emporte avec elle à Paris pour la sauver de son foyer où son père maltraite sa mère. Elle arrive à l’âge de 14 ans dans la capitale française, mais elle n’a aucune envie d’y être puisque personne ne lui a demandé son avis : « Je n’aime pas Paris », elle n’aura donc de cesse de répéter. Dans une fête au consulat du Mexique elle rencontre Herman, géologue bien plus âgé qu’elle, mais qui la captive, et qui lui promet de lui raconter, quand ils se retrouveront, l’histoire de l’Afrique. Sa vie à Paris, bien qu’elle ne lui plaise pas, est passionnante puisqu’elle visite tous les monuments, tous les musées qu’elle souhaite, flâne dans les rues, aux Puces, dans les parcs…mais son pays, sa ville, et son frère lui manquent, surtout que personne ne répond à ses lettres.

 

J’ai beaucoup aimé ce roman, que j’ai trouvé profond puisque les personnages sont très marqués, tous ébréchés par la vie, et tellement vrais. L’histoire change de focalisation, puisqu’on entre dans les pensées d’Hilda (surtout), mais aussi dans celle d’Herman, aventurier moderne suisse qui a parcouru l’Afrique (qui lui a laissé une main difforme), le Mexique, et qui est toujours à la recherche de lui-même, et dans celle de Flora, la demi-sœur. Ainsi, chacun a le droit de donner sa vision des choses, et le lecteur peut voir un même fait de différentes façons. L’écriture est toujours aussi limpide, mais ici cache beaucoup de choses, de non-dits, comme si l’auteure ne voulait pas violer la pudeur et l’intimité des foyers. En même temps, beaucoup de choses sont dites, aussi ; Silvia Molina a réussi à faire un savant mélange dont le résultat est surprenant. L’écriture se caractérise aussi quelques fois par des listes pour définir les personnages, ou qui indiquent ce qu’Hilda aimerait dire à Flora, sans y parvenir. Il y a de l’humour et du suspense ; le temps oscille entre le présent (quand Hilda retrouve Herman qui lui avait promis de lui raconter l’histoire de l’Afrique), et le passé, quand Hilda était à Paris. La fin est rapide, mais bien amenée, et très juste, et m’a laissé songeuse et rêveuse, mais aussi terriblement en colère. C’est vrai, Hilda, jeune fille de 15 ans, après son aventure parisienne, a changé et mûri, par la force, et peut-être trop pour son âge...

L’un des meilleurs romans de Silvia Molina lu jusqu’à présent…si ce n’est le meilleur !

Extrait

« Y corrió con los ojos llenos de lágrimas a buscar una cartera y un pasaporte mientras perdía a una mamá de mirada indescifrable.

Aprendería a cuidar el pasaporte como a un gatito recién nacido que dependiera de ella para vivir, como a una buganvilla que sólo con su ayuda podría desarrollarse, pero que no maullaría ni florecería, pero que sería sólo una amenaza constante, como si con su pérdida fuera a cambiar de rostro o apellidos, o a vivir en cautiverio.

Deseaba huir hasta su casa donde quizás estaría esperándola su hermano, el que usaba lentes porque era miope de tanto leer, decía su madre, o de tanto esforzarse en dibujar cuando el sol ya había caído y su padre apagaba la luz del cuarto porque era cara para desperdiciarla en hacer monigotes: un elefante azul porque el agua del río estaba helada, un caballo rojo porque era él que más corría. Su hermano, el que tenía manos de artista, largas y delicadas, decía Flora. Su hermano, quien tenía el mejor cuaderno de dibujo del Colegio Juárez, porque usaba los lápices de colores y las acuarelas como nadie para recrear el paisaje siempre verde de San Juan, y el color azul de los riachuelos que serpenteaban los sembradíos, o la alta blancura de los volcanes que rodeaban la ciudad de México. Su hermano, quien cada vez se volvía más indiferente a lo que pasaba en su casa, como si tuviera una vida secreta, como si no oyera ni viera nada.” (Edition Joaquín Mortiz/Planeta, 2001, p.18)

“Et elle courut les yeux emplis de larmes pour aller chercher un sac et un passeport pendant qu’elle perdait une maman au regard indéchiffrable.

Elle apprendrait à prendre soin d'un passeport comme d'un chaton tout juste né dont la survie ne dépendrait que d’elle, comme d'une bougainvillée qui ne pourrait se développer qu’avec son aide, mais qui ne miaulerait ni ne fleurirait pas, mais qui ne serait qu’une menace constante, comme si la perte la ferait changer de visage et de nom de famille, ou la ferait vivre en captivité.

Elle voulait fuir jusqu’à chez elle, où peut-être l’attendrait son frère, celui qui portait des lunettes parce qu’il était myope à force de lire, disait sa mère, ou de s’efforcer à dessiner quand le soleil s’était couché et que son père éteignait la lumière de la chambre parce qu’elle était chère pour la gaspiller à faire des pantins : un éléphant bleu parce que l’eau de la rivière était gelée, un cheval rouge parce que c’était celui qui courait le plus vite. Son frère, celui qui avait des mains d’artiste, longues et délicates, disait Flora. Son frère, celui qui avait le plus beau cahier de dessins du Colegio Juarez, parce qu’il se servait des crayons de couleurs et des aquarelles comme personne pour recréer le paysage toujours vert de San Juan, et la couleur bleue des ruisseaux qui serpentaient les terres cultivables, ou les hauteurs blanches des volcans qui entouraient la ville de Mexico. Son frère, celui qui se faisait de plus en plus indifférent à ce qui se passait dans sa maison, comme s’il avait une vie secrète, comme s’il n’entendait ni ne voyait rien. »

Commenter cet article