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Du côté de Clio

Cela s'appelle l'aurore

28 Août 2014, 21:54pm

Cela s'appelle l'aurore

Un film trop méconnu de Buñuel

Cela s'appelle l'aurore, de Luis Buñuel (1955)

Avec Georges Marchal, Lucía Bosé...

J'ai déjà vu ce film il y a près de deux ans, je l'avais trouvé par hasard dans les bacs de la Médiathèque, et il m'avait intrigué. J'en gardais un excellent souvenir, mais je me suis aperçue que je ne m'en souvenais pas ; j'ai revécu le film, en me demandant comment il allait se terminer. Valério est le médecin d'une île coupée de tout, et sa femme s'ennuie, donc elle part rejoindre le continent pour quatre mois. Pendant ce temps, il se passe bien des choses ; le propriétaire terrien de l'île mène son commerce d'une main de fer en exploitant au possible les pauvres ouvriers... Je ne veux pas vous en dire beaucoup plus, pour ne pas vous gâcher l'intrigue de ce film complexe à expliquer sans livrer quelques mystères.

J'ai à nouveau beaucoup aimé ce film, qui reste l'un de mes préférés. Pas grand monde le connait, et c'est bien dommage, même s'il est vrai que d'autres films de Buñuel l'éclipse. Cela s'appelle l'aurore est un film entre-deux, entre Terre sans pain ou Los Olvidados, et Virdiana, Belle de jour, et tant d'autres. Il n'est pas surréaliste, ce qui explique peut-être sa tombée dans l'oubli. Mais il m'a particulièrement touché parce qu'il parle de la Justice à travers la figure de ce Docteur exceptionnel. Personne ne le comprend, surtout pas sa femme (magnifique début où elle s'évanouit en pleine rue après avoir côtoyé les pauvres villageois, et après avoir fait tomber son beau foulard dans l'eau de la rue), et surtout pas son beau-père, ni même nous, spectateur, peut-être, parce qu'il délaisse sa femme pour aider les pauvres alors que lui semble aisé. Oui, il l'est, mais il a avant tout une éthique, et il ne fait pas payer ses patients, mais veut les soigner à tout prix. Il s'oppose à tous les autres avec qui il doit traiter et se plier, comme le commissaire. J'ai adoré cette critique de la puanteur bourgeoise, parce que c'est vraiment ça, ici, et c'est ce qui fait toute la force du film, qui montre certes quelques défauts, comme un amour précipité, mais compréhensible pour ce docteur qui ne supporte plus une facette de lui-même. Georges Marchal est extra, et que dire de Lucía Bosé, tout simplement magnifique ? C'est un drame pur et dur, pas à verser des larmes (quoique), mais qui fait réfléchir. Cependant, Buñuel parvient à glisser quelques notes ironiques, notamment avec ce tableau chez le Docteur rapporté d'Italie, montrant un Christ encerclé par des poteaux téléphoniques ; ou encore cette récitation de Claudel tournée en dérision. Le pauvre Valério semble seul en face de tous, mais l'image finale est apaisante ; je ne vous la dévoile pas, mais il est enfin en paix avec lui-même, et avec ses profondes et justes valeurs. Bravo Buñuel pour ce magnifique film !!

Pour finir, j'aimerais vous laisser une citation de critique parue dans le journal La Croix du 20/05/1956, écrite par Jean Rochereau : "En définitive, Cela s’appelle l’aurore est un film important, c’est incontestable. Mais son influence néfaste sur des esprits non prévenus peut être grande". Je vous encourage fortement à vous faire votre propre avis !

L'un de mes films préférés, non par sa qualité cinématographique (et encore), mais par sa portée morale.

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