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Du côté de Clio

La Mañana debe seguir gris

10 Juillet 2014, 20:31pm

La Mañana debe seguir gris

Une histoire d'amour classique servie par une narration disparate

La Mañana debe seguir gris, de Silvia Molina (1977)

Prix Xavier Villaurrutia en 1977

Premier livre de Silvia Molina, auteure mexicaine. Après avoir lu d'autres livres d'elle, j'ai senti que celui-ci était son premier roman. La narration m'a quelques fois déçue, surtout au début du récit.

L'histoire est simple : une narratrice (dont on ne connaîtra jamais le nom) mexicaine de classe aisée, arrive à Londres, et tombe amoureuse, lors d'un repas, du poète reconnu José Carlos Beccera. Commence alors une histoire d'amour entre elle, d'abord réticente, et lui, plus âgé qu'elle, sous le regard réprobateur de sa tante infecte. La narratrice se cherche dans cet amour, doute, mais aime, toujours.

Même si quelques fois la narration m'a laissé perplexe, j'ai trouvé ce livre plutôt intéressant. L'histoire en soi n'a rien d'extraordinaire (typique histoire d'amour racontée des milliards de fois), mais la forme est intéressante. Le livre commence par un journal de bord sur la vie personnelle de la narratrice, et son regard sur les évènements du monde, de 1969 à 1970 ; s'entremêlent donc histoire personnelle, et histoire collective. Le roman reprend par la suite, en chapitres assez courts introduits par des vers du poète, l'histoire personnelle développée dès le début. Les jeux de discours sont intéressants : lors de l'absence de José Carlos, par exemple, la narratrice lui parle, et nous devenons les témoins secrets de cet amour. Enfin, j'ai beaucoup aimé les détails racontés, qui donnent tout le charme à cette histoire banale, comme les focus sur la pluie, évidemment récurrente à Londres.

Un premier roman léger, inégal, mais certes prometteur.

Extrait :

"¿Dónde podría yo estar viviendo la garantía de mis palabras, José Carlos? No quise hablarte de París, donde la vaguedad de mis actos reinó por un año, donde la noche puso un velo a los rostros que veía, donde me fue negado todo conocimiento de la verdad porque no estaba preparada para ella. Pero aquí, en esta otra ciudad, donde puedo tocarte, descorrer el velo, donde te he entregado mi capacidad de mujer, las ganas de aprender el juego, aquí José Carlos, donde sé que va a llover mañana, no puedo fingir que es de noche, que voy a poner mi libertad junto a tu mesa, no puedo buscar las cuatro paredes del departamento de mi tía y refugiarme en ellas. Estoy de frente para mirarte, sé que eres tú quien me habla, sé que son tus palabras las que me acorralan en el pasillo de mi conciencia, advierto que eres tú quien me va descubriendo esta otra ciudad, y tengo miedo, José Carlos, miedo de ser niña, miedo de perderte, de dejarte ir y que después sea demasiado tarde." (Edition Joaquín Mortiz, México, p.92-93)

'Où pourrais-je être en train de vivre la garantie de mes paroles, José Carlos ? Je n'ai pas voulu te parler de Paris, où l'imprécision de mes actes a régné pendant un an, où la nuit a mis un voile sur les visages que je voyais, où me fut niée toute connaissance de la vérité parce que je n'étais pas préparée à la recevoir. Mais ici, dans cette autre ville, où je peux te toucher, lever le voile, où je t'ai offert mon pouvoir de femme, l'envie d'apprendre le jeu, ici José Carlos, où je sais que demain il pleuvra, je ne peux pas simuler qu'il fait nuit, que je vais mettre ma liberté près de ta table, je ne peux pas chercher les quatre murs de l'appartement de ma tante et m'y réfugier. Je suis de face pour te regarder, je sais que c'est toi qui me parles, je sais que ce sont tes mots qui me traquent dans le couloir de ma conscience, je constate que c'est toi qui me fais découvrir cette autre ville, et j'ai peur, José Carlos, peur d'être une petite-fille, peur de te perdre, de te laisser partir et qu'il soit alors trop tard.'

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