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Du côté de Clio

Ascensión Tun

20 Juillet 2014, 20:35pm

Ascensión Tun

Un récit ayant comme toile de fond la "Guerra de Castas" mexicaine

Ascensión Tun , de Silvia Molina (1981)

Le récit commence par la volonté d'une chercheuse de connaître la vérité à propos d' Ascensión Tun, jeune orphelin, puisqu'elle ne croit pas les dires d'une vieille dame. Elle part à la bibliothèque et trouve son histoire ; le roman commence donc par une mise en abyme de l'auteure, puisqu'elle a elle-même fait ses propres recherches avant d'écrire ce livre. Il raconte l'histoire tragique de ce jeune garçon, depuis la mort de ses parents dans une inondation, jusqu'à sa vie dans une maison de charité, où il côtoie les autres résidents.

En parallèle à cette histoire nous sont présentées les conséquences de la "Guerra de Castas" (1846-1901) qui a confronté les Mayas contre les populations blanches au Mexique. La meilleure représentation de cette guerre est sans nul doute Consuelo, la "folle". Sa famille, en fuyant, l'a oublié chez elle, derrière un fauteuil ; une fois remise de son traumatisme, elle a été à nouveau abandonnée par un général ; suite à ce second abandon, elle est devenue folle.

J'avoue que j'avais juste entendu parler de cet épisode de l'histoire mexicaine lors de cours, sans vraiment l'approfondir. Je n'ai pas compris toutes les stratégies militaires évoquées, un peu trop "techniques" (comme cela s'était déjà produit pour un autre livre de Silvia Molina, La familia vino del norte, dans lequel elle parlait de la Révolution mexicaine). J'ai trouvé dommage que le roman s'ouvre sur le désir de vérité d'une chercheuse, et se termine sans en tirer les conclusions. Par contre, je ne m'attendais pas du tout à la fin, ce qui est un bon point. Le mélange de l'histoire et de l'Histoire se fait subtilement, mais la narration est un peu faible ; trop rapide pour l'histoire de la maison de charité, trop technique pour l'Histoire. Cependant, le destin de ce pauvre Ascensión est parvenu à m'émouvoir, tout comme (et encore plus) celui de Consuelo. Silvia Molina a réussi à mêler habilement des faits réels dans une narration, puisque tout se produit devant nos yeux de 1889 à 1890, et que tous les personnages ont existé.

Un roman de Silvia Molina où se mêlent histoire et Histoire ; sans aucun doute, ce n'est pas son meilleur.

Extrait :

"- La Emperatriz subió a la carretela y todos salimos en séquito rumbo a la Quinta Orotaba. Le pregunté a mi mamá por el capitán. "¿Cuál capitán?" Hedeman, el capitán austríaco, lo ve usted? "El capitán Hedeman -contestó- va adelante. Es una alegría volver a verlo: el mundo es tan pequeño... ¿Quién iba a decirnos? Es una suerte, ¿no te parece?" Parece el mismo infierno -pensé- pues el pecado de sus ojos me había perdido.

- Consuelo, óyeme bien. No estamos en ninguna quinta.

- Sí, la Orataba, y están las autoridades -apuntaba a los infiernos- mire sus uniformes. Ve usted, de la marina, del ejército francés. Pero vea, el del capitán es el más reluciente. Otra vez la música, la marcha y los himnos. ¡Dios mío, esos tambores! Me da miedo estar en esta covacha oscura y húmeda.

- Abre los ojos, no estamos en ninguna covacha. Vamos a descansar -ordenó desesperada doña María que finalmente había pedido ayuda al portero.

- No. Usted quiere que vea al capitán Hedeman, ¿verdad? Lo odio porque él también me dejó. Esos gritos de afuera y esos tronidos son de los indios. ¿Mamá? ¿Por qué no viene? ¿Por qué me dejó? No quiero estar aquí." (Edition ECO, 1993, p.40)

"- L'Impératrice monta dans le carrosse et nous sortîmes tous à la suite en direction de la Maison Orotaba. Je demandais à ma mère où était le capitaine. "Quel capitaine ?" Hedeman, le capitaine autrichien, vous le voyez ? "Le capitaine Hedeman, répondit-elle, est devant. C'est une joie de le revoir: le monde est si petit... Qui pouvait le prévoir ? C'est une chance, tu ne crois pas ?" On dirait l'enfer même, je pensais, puisque le péché de ses yeux m'avait perdu.

- Consuelo, écoute-moi bien. Non ne sommes dans aucune maison.

- Si, la Orataba, et il y a les autorités, elle pointait les enfers, regardez leurs uniformes. Regardez, de la marine, de l'armée française. Mais voyez, celui du capitaine est le plus scintillant. Une fois de plus la musique, la parade et les hymnes. Mon dieu, ces tambours ! J'ai peur d'être dans ce caveau obscur et humide.

- Ouvre les yeux, nous ne sommes dans aucun caveau. On va se reposer, ordonna désespérée doña María que avait finalement demandé de l'aide au concierge.

- Non. Vous voulez que je voie le capitaine Hedeman, n'est-ce pas ? Je le hais parce que lui aussi m'a abandonné. Ces cris que l'on entend dehors et ce tapage sont ceux des Indiens. Maman ? Pourquoi tu ne viens pas ? Pourquoi tu m'as laissé ? Je ne veux pas être ici."

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